• L'obstétrique est une spécialité médicale s'intéressant à la grossesse et l'accouchement, et puis... un peu du post-partum quand même.

    L'obstétrique, c'est vachement cool. En général, c'est un peu la cinquième roue de secours du carosse. On s'intéresse peut à elle, par contre, dès qu'on reçoit un ventre rond, le commun des mortels prend peur et botte en... obstétrique. La patiente peut être en insuffisance rénale sévère, en glagow - 3, en crise drépanocytaire cognée, on s'en fout, si elle est enceinte, alors on n'y connait rien et on l'envoie en OBSTETRIQUE. J'exagère... mais pour le coup vraiment à peine.

    L'obstétrique, vous savez, vous étudiants en santé, c'est le petit paragraphe à la fin de votre cours sur un élément lambda du corps humain. Et par expérience, je peux vous dire que lorsqu'on est étudiant sage-femme, qu'on se tape des heures de  cours sur les insuffisances cardiaques, pulmonaires, rénales, les affections occulaires et autres dermatoses pour n'avoir à la fin qu'un quart d'heure et une diapo power point intitulée "cas particulier de la grossesse" parce que l'intervenant n'y connait pas grand chose en femmes enceintes, ça fout les boules.

    L'obstétrique ce sont des femmes jeunes et leur mécanique biologique fait tout un tas de choses bizarres. L'obstétrique c'est une dimension parallèle de la physiologie humaine. Tout un champ neuf à explorer.

    A mon niveau d'expertise, la physiologie, c'est bien intéressant. Rien que sur une femme jeune et en bonne santé il se passe déjà plein de choses. A accompagner, vérifier, dépister ou manipuler. Pendant le travail c'est aussi beaucoup d'animation. Je travaille dans une maternité qui draine du monde et de la pathologie, alors ne m'en veuillez pas si je parle beaucoup de ce que je connais. Donc, de l'animation parce que l'obstétrique est imprévisible. Certaines personnes n'aiment pas ça. On m'a déjà dit "oh mais... comment vous faites pour vous organiser si vous pouvez recevoir plein d'entrées n'importe quand et n'importe comment ?" Hum... On nous a déjà dit "non mais dites nous donc le nombre d'accouchements/jour pour que j'organise le tour de la laverie/stérilisation des boites etc...." C'est tellement mal connaitre l'obstétrique.

    L'obstétrique c'est lorsque tu dis à la patiente que son col est ouvert à 3 cm, que tu te retournes, que tu reviens une demi-second plus tard et que tu aperçois la tête de l'enfant à la vulve. L'obstétrique c'est tout qui va bien et une seconde après tout va mal. Tu dois alors réfléchir au plus vite, poser un diagnostic, élaborer une conduite à tenir qui peut amener à un accouchement en urgence, en décider de son mode (voie haute ? voie basse ?). C'est alors, l'obstétricien, un médecin, qui a le dernier mot... mais il se base beaucoup beaucoup beaucoup sur la sage-femme qui est en première ligne, qui n'aura pas attendu pour faire un examen clinique, un examen para-clinique, ou même mettre une sonde urinaire en prévision d'une césarienne dont l'indication n'est pas encore posée de manière formelle.

    L'obstétrique c'est regarder une situation potentiellement pathologique, des anomalies de rythme cardiaque foetal et NE RIEN FAIRE. Ne rien faire parce que l'accouchement se présente bien, que tout se passait bien avant et qu'on a le temps... un peu de temps... mais pas trop. C'est faire confiance en sa patiente et en ses propres capacités professionnelles, juger de ces élements pour dire que la naissance pourra se faire avec la moindre intervention possible. Car 8 minutes de "bradycardie" foetale à 70 battements par minutes avec une variabilité conservée et bien ce n'est pas 12, ce n'est pas 15, ce n'est pas un rythme plat. Dans un cas, l'enfant ira bien, dans l'autre pas vraiment. Il faut savoir s'il pourra naître avant un certain temps fatidique pour éviter d'être iatrogène et si on décide que ce sera trop long, là, appeler, demander l'aide de Dieu... ou de l'obstétricien qui lui aussi doit assurer dans son domaine d'expertise, la pathologie.

    L'obstétrique ce sont des situations formidables, de la primipare en sarouel tenant la main moite de son jeune compagnon à bouc tous deux impatients de construire leur famille, à la femme ayant rompue la poche des eaux bien trop tôt, qu'on a suivi durant quasiment toute sa grossesse et qui accouche presque à terme d'un enfant allant bien. Des situations formidables juxtaposées à de tragiques tragédies.

    L'obstétrique c'est un peu ce papa qui me demande: "et vous faites ça tous les jours ?"

     


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  • Les Vieilles Bricoles de Knackie reprennent certains textes courts écrits du temps où j'étais jeune. Ils trouvent ainsi une place nouvelle, et peut-être, un regain de fraîcheur.
     
     
    L'homme normal
     
     
    Nous nous sommes rencontrés non loin d'un marche-pied, en face de la grande horloge accusant le retard de ces viles locomotives.

    Sur le quai de mon TER préféré, je vois tous les matins ces kékés fleurs à la main et capotes en poches. Ils attendent leur belle, pectoraux serrés dans leur plus beau Marcel et moi je ne peux m’empêcher de pouffer. Ma demoiselle arrivera dans la semaine et je la vois déjà débouler du terminal. La voie des airs se révèle bien plus classe que tous les chemins ferroviaires.

    Au travers des vitres de ma berline au cuir élastique, j’aperçois chaque jour les meubles Utrecht du magasin Ikea qui campe près de chez moi. Je m’aventure parfois à y observer les couples enlacés devant un canapé à monter. Je m’esclaffe alors doucement dans mon col bien repassé, mon amoureuse et moi allons chez Conforama. A sa sortie de la carlingue je lui paierai tout le bastringue. Je lève les yeux au ciel, les astres sont bien plus élégants que le ballast.

    Mon Nokia ronronne, elle m’appelle avant d’embarquer pour se rassurer. Fille de cheminot, l’avion l’a toujours fait crisser mais je m’efforce avec plaisir de l’invertir. Quelques minutes plus tard France Info me crache un crash sur le Viaduc de Millau. Un Airbus s’est pris les ailes dans les lignes d’alimentation du TER.
    Je ne reverrai plus ma charmante compagne, mon cœur se serre et m’annonce sa tristesse. Je le raisonne poliment, voir partir l’avion sans elle eut été plus douloureux pour l’épris des nuages que je suis. Dès demain je chercherai sur le quai de ma gare préférée une nouvelle usagère de la SNCF prête pour moi à changer de fief.


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  • Les couples me demandent parfois si je suis émue lors des accouchements... Etant une #MéchanteSF froide et insensible je pourrais facilement répondre NON et puis basta. Mais néanmoins, j'aimerais y apporter quelques nuances.

    D'abord, je vais parler uniquement du cas où je suis l'interlocuteur principal du couple, comprendre sans étudiant. L'étudiant, bien que parfois mignon, biaise clairement ma relation. En sa présence mon objectif est d'intervenir le moins possible afin qu'il acquiert une position de soignant et qu'il se confronte aux durs réalités d'un triste monde tragique. La patiente pourra alors écrire sur les forums que la sage-femme n'était pas très présente mais qu'heureusement, il y avait un étudiant (!!).

    Ce point éclaircit alors, non, je ne suis pas émue dans le sens "oh c'est merveilleux, un nouvel être qui entre dans le monde", ça c'est le rôle des parents. Ce n'est pas mon enfant. Néanmoins, plus le temps passe, plus je prends une certaine assurance et je peux prendre un peu plus le temps de voir autre chose que la technique pure et simple, les autres patientes qui m'attendent douze salles plus loin et la relève qui arrive alors que je suis à la bourre.

    Un accouchement, c'est toujours un investissement personnel important. On y va en annonçant à tout le monde "ayé, j'y vais !". C'est aussi une source de stress sachant qu'on est loin de maîtriser tous les éléments de l'équation (comment la présentation va descendre, que va faire le rythme cardiaque foetal, le périnée sera-t-il doux et moelleux etc...). Les responsabilités sont importantes, les conséquences d'une erreur que je pourrais faire également. Du coup, l'émotion de la vie qui nait, euh... Mais par contre l'émotion tout court, surement. Il y a donc ce stress, la gymnastique intellectuelle, la situation médicale qui fait que sur le moment je peux être très concentrée et à la fin très heureuse. Heureuse si j'ai l'impression d'avoir fait du bon travail. C'est en effet très satisfaisant d'un point de vue professionnel d'avoir participé à un événement personnel important pour le couple et d'en avoir fait quelque chose de propre. Oui propre, sans éclaboussure sur le sol, sans ouverture de 36 000 boites stériles, sans refaire une table de réanimation. Moins on utilise de matériel, plus les aides soignantes ou ASH seront heureuses mais surtout, plus l'accouchement aura été soft.
    Alors oui, dans ce cas, je pourrais prendre le temps d'être un peu émue d'avoir fait ce que je pense être du bon travail.

    D'autres fois, ça ne se passe pas ainsi. C'est plus rare, j'essaie de l'éviter au maximum, parfois contre vents et marées et là, ne venez pas me demander si je suis émue de la vie naissante.

    Et encore d'autres fois les situations sont tellement catastrophiques de base qu'on a juste comme objectif de survivre à la journée.

    Dans le métier de sage-femme on est au centre de plein d'émotions pouvant nous assaillir. On y fait face, on les combat parfois et parfois moins. "Et vous, vous êtes émue lors d'un accouchement ?" surement pas de la même manière que vous, les parents. Mais on a certainement le coeur qui bat un peu plus vite.


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  • Les Vieilles Bricoles de Knackie reprennent certains textes courts écrits du temps où j'étais jeune. Ils trouvent ainsi une place nouvelle, et peut-être, un regain de fraîcheur.

    Warning attention, ceci n'est pas de la poésie, je ne suis pas poète, je ne compte aucun pied et ce texte est imparfait, c'est bien pour ça que nous sommes différents lui et moi.

     

     Comme dans un film porno

     

    Je freine à l’entrée du grand rond
    Un peu paumée dans la direction
    La policière plus que charmante
    Approche et se montre clairvoyante.

    Mon doigt lézarde sur la portière
    Et d’un crissement fait jaillir l’air
    Je vais me faire la policière
    S’est écrit sur ma plage arrière.

    Je l’emmène droit vers sa cabotte
    Elle m’attache avec ses menottes
    C’est qu’elle me rendrait patriote
    Lorsque je dissous sa culotte.

    Là voilà qui me prend la main
    De son souffle fait durcir mes seins
    La policière est si mignonne
    Que j’en oublierais d’être conne.

    Mon réseau adrénergique
    pénétration, plus d’pantalon
    Ouvre mon cycle limbique
    fine dentelle, mèche rebelle
    Il se prépare un vaste pic
    peau mouillée, goût sucré
    De sécrétions ocytociques.

     


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  • Je voulais vous parler de ma vie, c’est rare quand ça m’arrive. Un moment suffira y’a pas grand-chose à dire. Qu’il disait. Justement.

    Sauf que comme je suis totalement mégalo alors je vais faire un article de blog.

     

    Donc, tout a commencé il y a une petite vingtaine d’années, disons, presque une trentaine. Je naissais. Je vivais entourée d’adultes ou quasi adultes et à l’extérieur, dans une école de gens méchants. Enfin… ils n’étaient surement pas diaboliques mais… inintéressants pour la plupart, venant pour beaucoup d’une petite bourgeoisie blanche mais crasseuse. Le mieux, j’y suis restée jusqu’au bac. Ué, mais je n’ai jamais eu droit au lycée de gauchos qui refaisaient le monde. Non. Ils voulaient devenir ingénieurs.

    Durant toutes mes jeunes années, j’ai vécu plus ou moins brimée, moins ou très moins intégrée, à parfois avoir un petit frisson aujourd’hui, lorsque je vois certaines suggestions Facebook. J’y ai sûrement même appris à ne pas vouloir m’intégrer car « de toute façon, les gens, c’est que des cons ». J’avais très peu d’amis et ils n’étaient pas vraiment proches. D’ailleurs je ne garde plus aucun contact de ces années. J’ai probablement dû passer par une phase ado déprimée jouant de la guitare pourrie en regardant par la fenêtre. Mais, l’honneur reste sauf, je n’ai jamais eu de skyblog. Je me demandais si ça finirait un jour.

    A la fac, autre monde, autre gens, j’ai vraiment commencé à vivre… en P1. Deux ans parmi les plus durs et merveilleux de ma vie. Avant, il y a quand même eu internet et son ouverture sur ailleurs. Ca aide.

    Mais je garde indubitablement une réserve envers les groupes sociaux. Pour moi, Le Groupe était celui qui ne me voudra jamais. Qui se sentant fort me blessera alors que ses membres sont pourtant si faibles individuellement. J’ai fait l’inverse. Seule et forte. Me fichant de ce qu’on pouvait penser, maniant la dérision et les 36ème degrés.

    Alors, j’ai pris le contre-pied. Je n’ai pas fait énormément de choses comme tout le monde et ça m’a ouvert les portes de groupes plus restreints, plus amicaux. Et putain là, j’ai découvert la facilité de la vie lorsqu’on ne bataille pas seul contre des moulins. De temps en temps, ça fait du bien d’être parmi des gens dont tu ne pars pas avec un capital sympathie négatif. Mais, malgré tout, je n’y arrive pas, enfin, pas longtemps. Je suis une traumatisée des groupes. Je préfère 1000 fois passer 1000 heures avec une ou deux personnes (à poil) que l’inverse (et je vous laisse chercher quel est l’inverse). Je n’aime pas la superficialité et la simplification impliquant le groupe. Mais d'un côté seule avec quelqu'un nous empêche d'être mutique et ça aussi, peut être dur.

    Pourtant, je me trouve sur le chemin, non pas d’une guérison, mais d’une faisant fonction de guérison. Parfois je groupise avec un plaisir sincère. J’arrive à prendre certains membres plus ou moins individuellement (…) et à communiquer. Des fois, ça abouche sur des coups de cœur hallucinants. Pour les gens normaux, c’est peut-être normal… mais pour moi, lorsque je déniche quelqu’un m’inspirant autre chose que la peur, l’ennui, le dégoût, l’indifférence, c’est énorme. Plutôt solitaire, n’aimant pas la rencontre avec des gens non-proche (oui, le serpent se mord la queue) je ne me donne pas beaucoup l’occasion pour que ça arrive. Mais, c’est pourtant tellement bon.

    Je suis peut-être une traumatisée des rapports sociaux, et oui, j’entretiens peut-être cela alors quelque part, ça me convient mais… mais… Ce soir je vais me retrouver seule alors que j’aurais vraiment bien envie de refaire le monde ivre en tentant de dessiner un pénis portugais parce qu’une péniche c’est trop dur (devrait y avoir un copyright là-dessus tellement que c’est trop bon).

    Je stoppe et je regarde. J’ai « choisi » une vie familiale en marge (deux chats c’est beaucoup), une profession de persécuté(e)s sous payé(e)s et sur twitter je fais rarement des #Hugs parce que je suis méchante. Je ne veux pas être membre d’un quelconque groupe. Non sérieux. Le gens est intéressant en électron libre et instable, en sa contradiction. Et contradictoire je le suis foutrement parce que à vous je peux le dire, le groupe je l’aime autant que je le hais.

     

    Et si ce blog était un skyblog, j'aurais même mis ça entre deux Vierge pleurant du sang.


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