• La premère fois que j'ai eu affaire à la gendarmerie nationale, ce fut à l'hôpital.

    23h, le téléphone sonne, ils vont venir pour qu'on effectue un examen sur une jeune femme portant plainte pour viol. Le gynécologue réquisitionné arrive, ouvre la salle de consultation, on les reçoit. Sur la réquisition, ça ne colle pas. Les gendarmes se sont trompés sur la date. Le malaise est palpable. Ca finit en "on va la refaire et on vous la fera passer dans la matinée".


    On fait rentrer la patiente, elle ne parle pas beaucoup. Le médecin demande si elle a des traces de coups, des hématomes. Ce n'est pas très concluant. Après, il effectue les prélèvements vaginaux. Et moi, je fais la prise de sang pour les différentes sérologies. L'ambiance est plutôt lourde. Et puis, quand tout se termine, je demande tout de même en lui montrant les étiquettes servant à identifier les prélèvements: "Vous vous appelez bien Mademoiselle Azerty Qwerty ?" Elle me répond que oui. Sauf que ça s'écrit Azerti Quiquerty... Gros blanc. On reprend les papiers des gendarmes. On voit le nom et le Azerty Qwerty partout, et même, une erreur dans la date de naissance. Ils sont gênés, le médecin s'il n'avait pas trop tiqué sur la date de la réquisition, commence un peu à s'énerver. Ils ont fallis foutre en l'air tous les prélèvements...

    Alors oui c'était la nuit, leur motivation n'était pas des plus vive... mais zut quoi.

    Je ne me suis plus jamais retrouvée dans une telle situation par la suite mais ça m'a bien vacciné à le pas lire, vérifier et relire ce qu'on me met sous le nez. Même si la personnes en face est censée être un tout puissant défenseur de la loi. Parce que certe, l'erreur est humaine, mais quand même...


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  • Les étrangers. Ils arrivent en France, sans le sous, et on les héberge, on les nourrit sans contre partie. En face, il y a le français, blanc, pauvre et pour lui, que dalle.

    C'est un postulat qu'on entend en débutant une conversation dans tous les bons bars PMU qui se respectent. Ou en repas de famille. Ou en salle de pause. Ou... Ou... Et je ne vaux surement pas mieux. Je suis la première à pester devant les laveurs de pare-brise à l'oeil supplicant.

     

    Madame Focon de Neige et  sa famille ont récemment mis les pieds sur le sol français. Elle même, une fillette de 4-5 ans, une femme enceinte, un homme, et une grand-mère. Madame Focon de Neige vient d'accoucher. Pas d'Aide Médicale d'Etat de droit commun possible pour elle car elle vient de l'Union Européenne (donc en situation régulière) et ça ne fait pas trois mois qu'elle vit en France. Son séjour à l'hôpital est donc payant. La blague. Elle est contente d'avoir un toit pour la nuit. Et cerise pour le gâteau, un accompagnant majeur peut même rester avec elle. Elle choisit la femme enceinte. Avant, ils étaient logés en herbergement d'urgence par le 115. C'est l'hiver, il fait froid, il y a plus de places qu'à l'accoutumée mais parfois ça ne suffit pas.

    Vers 16h elle me demande le téléphone pour appeler et trouver un endroit où les autres pourront dormir. Elle fait le 115. Ne parlant pas vraiment français la conversation est difficile. Elle dit juste son nom de famille, apparemment les personnes à l'autre bout du fil connaissent la situation de cette famille. Elle comprend qu'elle doit rappeler à 19h, lorsque les lits seront débloqués.
    A 19h, je redonne le téléphone, elle ne comprend pas vraiment, je prends le relais. Pas de place pour ce soir, ils ne sont pas prioritaires... elle a une chambre à l'hôpital. Il faut rappeler demain.

    Demain à 16h je rappelle. Toutes les lignes sont occupées. Au bout d'un temps certains j'arrive à avoir quelqu'un. On me dit que je n'ai pas à appeler, qu'il faut que ce soit la personne concernée "Oui mais elle ne parle pas français" "Ah... Bon.". Ils me disent qu'ils connaissent la situation délicate de cette famille, qu'ils inscrivent le nom, qu'il faudra rappeler à 19h au cas où, mais que le nombre de places n'est pas en adéquation avec le nombre de demandes. A 19h je rappelle, mes collègues me disent que ce n'est pas à moi d'appeler. "Oui mais elle ne parle pas français."  "Ah... Bon". Pas de place, il faut retenter demain.

    Durant trois jours j'appellerais de nombreuses fois le 115. A 16h et à 19h. Et... ce n'est vraiment pas évident de les joindre du premier coup. A chaque fois ils n'auront pas de place.

    Alors, la famille s'organise. Tout le monde quitte la chambre au plus tard le soir, et arrive au plus tôt le matin. La grand-mère et la fillette squattent la salle d'attente des urgences gynécologiques la nuit. L'homme, on ne sait pas.

     

    Les équipes du 115 font surement tout ce qu'elles peuvent avec les moyens dont elles disposent.

    Mais... ceux qui pourraient être tentés de croire que les étrangers sans le sous sont de gros assistés vivant comme des rois, allez-y, appelez le 115 pour voir. Essayer d'avoir quelqu'un au bout du fil pou esperer peut-être avoir un lit de camp dans un gymnase parce que c'est l'hiver. C'est une expérience intéressante.


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  • Les Vieilles Bricoles de Knackie reprennent certains textes courts écrits du temps où j'étais jeune, dont certains s'inspirent librement de mes expériences au contact du monde médical. Ils trouvent ainsi une place nouvelle, et peut-être, un regain de fraîcheur.

     

    Plus con que les autres

     
    On veut tous des enfants beaux et intelligents, Tom lui était plus con que les autres. Aujourd’hui lorsqu'on est bête on reçoit la COTOREP et beaucoup de regards suspects. Tom lui ne les connaîtra jamais. Dans une contrée comme celles des contes de fées, une différence génétique ne se révèlerait pas comme fardeau. Mais Tom n’existait pas seulement sur l’encre de mon stylo.

    Trois chromosomes ça fait bien un de trop pour nous, humains. Trois chromosomes, et la société t’en fait baver. C’est ainsi que je me retrouve à installer les champs stériles dans cette salle de bloc obstétrical. La sonde d’échographie repère le fœtus pour que quelques minutes plus tard une aiguille vienne se planter dans son cœur. Il fait chaud sous le masque. Ventricules et oreillettes cesseront vite de battre, putain de direct. La maman garde les yeux fermés, je maudis les circonstances qui font qu’à Tom nous ne lui laissons pas sa chance.

    Très vite le geste se finit, je retire les champs, nettoie le ventre de la mère et elle reçoit quelques comprimés qui vont accélérer les contractions. Dans quelques heures le fœtus sera expulsé,.On a évité que naisse un individu atteint "d’une maladie incurable d’une particulière gravité". Tom était trop con, et devoir vivre parmi nous aurait peut-être été le symptôme le plus grave de son affection.


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  • Les Vieilles Bricoles de Knackie reprennent certains textes courts écrits du temps où j'étais jeune, dont certains s'inspirent librement de mes expériences au contact du monde médical. Ils trouvent ainsi une place nouvelle, et peut-être, un regain de fraîcheur. Ici vous avez droit à texte... adolescent... simili de réflexion, déjà, sur ma relation au net, les gens, le mal et le malaise.
     
     
    C'est pas ma faute
     
     
    La dernière ampoule vient de lâcher. Seul, veille mon écran encore vivant. Près de moi un vieux rockeur crachonne sa peine au travers du transistor. Je vais dans le salon Mangas, elle y sera peut-être. Jeune, belle, qui la nuit rêve encore. Elle y sera sûrement, celle qui m’enveloppera de sa fraîcheur, me nettoiera de mes bières, ma graisse et mes ans. Le clavier me déforme, gribouille la fenêtre, y forme un être drôle, intéressant, attirant.

    C’est pas ma faute,
    Et quand le jour je vis rampant, j’attends le soir où je captive leur désespoir.
    C’est pas ma faute, je l’ai compris il y a bien longtemps.
    Pourquoi lutter ?
    C’est pas ma faute.

    Sa photo me regarde, un sourire charmeur, un maquillage sombre, une petite des années 90 alors que je faisais 68. On se parle toutes les nuits, à chaque fois un peu plus tard. Elle me décrit sa ville, son collège, sa chambre. Je sauvegarde le moindre mot, les relis parfois au boulot.

    C’est pas ma faute,
    Quand son image me brule les sens, elle me rend fort.
    Bien plus que tout ce qui est juste.
    C’est pas ma faute, si elle appuie où je souris.
    C’est pas ma faute.

    Par caméra interposées je lui montre mon coin de mur le plus parfait. Gris, quelques affiches, celle de Bleach plait souvent. Puis sur une petite table un cadre photo où l’image démo d’une femme et d’un enfant me fait office de famille.
    A son tour. Je pénètre doucement dans son espace où son vernis noir côtoie sa peluche anti-stress barbapapas. Elle m’ouvre sa garde-robe, me demande quelques conseils. Je prends quelques captures d’écran, les caresses parfois dans le métro.

    C’est pas ma faute,
    Si elle m’offre plus que ce que j’ose lui soutirer.
    Dans sa lueur raisonne l’espoir d’un instant meilleur,
    C’est pas ma faute à moi.

    La voilà qui pleure, un garçon quelconque s’est lassé de ses formes, pas assez femme, de sa vertu, pas assez souple. Elle voudrait me voir. Je passerai la prendre à la sortie des cours, comme toujours. Et comme toujours personne ne remarquera cette crasse au col de ma chemise. Elle criera peut-être, lorsque je m’essuierai sur elle de tous mes échecs. Puis le silence.

    C’est pas ma faute.
     

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  • Les Vieilles Bricoles de Knackie reprennent certains textes courts écrits du temps où j'étais jeune, dont certains s'inspirent librement de mes expériences au contact du monde médical. Ils trouvent ainsi une place nouvelle, et peut-être, un regain de fraîcheur.

    J'ai eu des cours bien inutiles, le pompom étant surement ceux de sexologie nous débitant des débilités si débiles... J'ai également réalisé un mémoire, avec une étude et tout et tout... bien moins drôle que celui ci-dessous.

     

    Le mémoire - Cursus, sexologie

     

    Je suis étudiante en sexologie. Ma situation prête à sourire du moins d’après les histoires des piliers de bars. Dans l’amphi j’apprends le sexe et sa logique. Il n’y a bien que d’antiques professeurs pour trouver cohérence raisonnée aux concupiscences du bas-ventre.

    Etudiante en sexologie cela constitue mon parfait alibi. Je dois rendre mon mémoire de fin d’études sous peu et l’objet de mon enquête n’est autre qu’un sujet de conquête. Elle s’appelle Philomène, flirte avec la trentaine, et parle souvent des plages de Guinée Equatoriale. Au premier regard je sortais mon bavoir. A l’époque j’aurais surement chaussé mes gros sabots pour l’inviter à user de mon clic-clac grand confort. Aujourd’hui je sais, l’approche frontale fait fuir la partenaire convoitée qui dans un contexte de non réceptivité voit la tentative de séduction comme une agression. Schobner le décrit fort bien.
    Alors, tact et délicatesse permettent-ils de trouver maîtresse? Point d’étude randomisée, juste Philomène, sa peau dorée et des nuits passées sans sommeil.

    Tout d’abord, s’approprier la routine de l’adversaire. Son capuccino de onze heures allait être l’occasion d’entrer en communication. Je découvre ainsi que sa bouche présente intérêt aussi bien de loin que de près. Nous conversons, gentiment, calmement, ne pas me trahir.
    Je lui apprends mes activités de future diplômée. On s’en doutait, elle est amusée. Les soirs arrivent et je les passe avec elle, son groupe d’amis, ses mètres de bières. J’adore les fins de soirées où l’alcool sert d’excuse idéale à quelques gestes qui sinon seraient déplacés.
    J’annonce à Philomène mon projet d’en faire mon devoir de faculté. J’oublie cependant de préciser que mon dessein va plus loin. Flattée elle se met à me parler de ses histoires plus ou moins bâclées, de ses hommes toujours trop ou plus assez. Seconde leçon, courtiser l’égo de l’être visé.

    Je ne lui dis pas que je serais bien meilleure que tous ces amants inachevés. Néanmoins je le pense assez fort pour que mes mains côtoient ses reins. Elle ne proteste pas mais s’éloigne remplir son verre. Ne pas revenir à la charge. Oublier sa nuque longue et dégagée, feindre l’indifférence devant ses formes vallonnées. Darwin, Freud, Malinowski, donnez moi la force ! Je bafouille quelques mots dignes de « ce soir j’ai piscine » pour m’éclipser.

    Je la laisse reposer et ce n’est que quelques jours après que je la croise à onze heures auprès d’une certaine machine à café. Elle me sourit. Lui aurais-je manqué ? Elle me parle et je n’écoute pas, trop occupée à me demander ce qu’elle pourrait penser. Je décide de fixer la racine de son nez. Je vois alors que toute la lumière y est concentrée. Etrange, voici donc le point central de son visage à partir duquel se dose chaque partie. Je veux en apprendre plus, et sans m’en rendre compte je m’approche si près qu’il se pourrait que mes lèvres effleurent les siennes. Du moins je le crois…Est-ce que cela s’est produit ? Je ne suis pas sure. Je quitte son nez pour une vision plus globale. Je ne décèle pas d’air courroucé, pas de marque d’étonnement. Ai-je rêvé ? Peut-être pas car la voilà qui me demande d’aller chez moi.

    Ce jour-là un clic-clac grand confort livra bataille puis fut laissé pour mort par une étudiante en sexologie qui dans tous ses livres de théories pourra tamponner la mention « Lu et Approuvé ».


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