• Pour des raisons géographiques

     Far far away est loin, très loin. Et la route est encombrée, très encombrée de camions, que l'on peut difficilement doubler. Et elle est aussi remplie des deux espèces d'automobilistes locaux : ceux qui roulent à 70 km/h max (uniquement en descente et en ligne droite donc) et ceux qui se croient sur un circuit (spécialité : dépassements multiples sur ligne continue). Pour avoir constaté quelques décès de ces pilotes sur ces routes, je reste sagement derrière les camions et les limaces, quitte à perdre du temps. Du coup la route s'éternise. Et je n'apprécie que moyennement de me lever à 5h30 pour pouvoir être à l'heure.

    Ensuite, far far away est en altitude. Du coup il fait froid. Le chauffage est indispensable d'octobre à juin. Et l'été il ne fait jamais trop chaud. Et moi j'aime avoir trop chaud. En plus, il fait humide, très humide. Pluie et brouillard constituent la météo de référence.

    Enfin, far far away, c'est mort. On ne croise personne dans les rues, si ce n'est des jeunes bourrés le jeudi soir. Pas vraiment enthousiasmant.

     

    Pour des raisons professionnelles

     L'organisation du travail aux urgences est plutôt bien. Des journées de 24h, réparties entre 4 secteurs : les urgences médicales, les urgences traumatologiques, le smur, la régulation. 85 passages par jour en moyenne, de quoi bosser tranquillement.

    Comme partout, il existe le problème des lits d'aval, surtout pendant les mois d'été où un tiers des lits sont fermés alors que l'activité augmente. Et il y a aussi le problème de la prise en charge médicale des patients en aval des urgences. Ou plutôt de la prise en charge chirurgicale des patients en aval des urgences. La phrase type des chirurgiens quand ils sont sollicités est "faites monter" (les services de chirurgie sont au 4ème étage, les urgences au 1er sous-sol), quel que soit le problème du patient, même s'il existe une urgence à la prise en charge. Le souvenir le plus preignant que j'ai de cette situation est le cas de cette patiente âgée, vivant toute seule chez elle, qui s'était fait une fracture ouverte de la jambe (ce qui est une des rares urgences chirurgicales en orthopédie, afin d'éviter le risque d'infection) vers 21h. Non seulement le chirurgien n'a pas voulu l'opérer le soir même (alors que le délai admis pour ces cas-là est de 6 heures maximum) mais j'ai par la suite appris que la patiente n'avait pas été opérée du tout. Parce qu'il y avait une plaie en regard de la fracture. Alors que c'est l'élément qui fait qu'il doit y avoir opération. Le serpent qui se mord la queue.

    Comme précisé plus haut, far far away est loin, très loin. Et certaines spécialités ne sont présentes qu'au CHU. Une partie non négligeable des interventions smur consiste donc en des "secondaires", c'est-à-dire des transferts de patients d'un hôpital à un autre. Et c'est loin d'être la partie la plus intéressante du métier de smuriste (que le premier qui pense le contraire me jette le premier scope [ne faisons pas les choses à moitié]). Et c'est encore pire quand il faut 2h30 de route pour aller d'un hôpital à l'autre, et que le départ est donné à 3h du matin. Parfois, je m'ennuie au smur de far far away.

     

    Pour des raisons personnelles

     Au moment où j'ai dû partir à far far away, j'étais en train de me construire. Ou plutôt j'étais en train de construire ma famille. Ou plutôt nous étions en train de construire notre famille qui me fait grandir. Des projets plein la tête, parfois même des projets qui font peur. Des envies de durable, de voyage, de moments partagés.

    Quand tout à coup, la rupture. La séparation, brutale, pendant parfois plus d'une semaine alors que nous n'étions pas habituées à ne pas nous voir pendant plus de 3 jours. Le moral en baisse (froid, fatigue, distance) n'aide pas à supporter la séparation. Et je deviens insupportable. J'ai l'impression de freiner notre couple, et je deviens insupportable, en mode ours grognon.

    Heureusement, elle a su être là pour m'attendre et me redonner le sourire. Alors que n'attaque les trois dernières semaines, le temps me semble interminable. Envie que tout cela soit fini, de reprendre notre vie et notre construction.

     

    Pour toutes ces raisons,

     je ne resterai pas à far far away. Malgré les demandes répétées des équipes soignantes. Malgré un emploi du temps et des journées plus "cool" qu'au CHU. Parce que je sais maintenant que le travail n'est pas tout. Ma vie est moins bien sans amour.

     


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  • Baiser, dans le sens avoir un rapport sexuel. Je n’aime pas vraiment ce terme, trop connoté dans mon imaginaire, trop unilatéral aussi. Nous préfèrerons donc quelque chose de plus neutre, sexer.

    Politique, dans un sens large, ce qui touche à l’organisation d’une société, d’un groupe d’individus, et même de la place de l'individu dans le dit groupe.

     

    Le sexe dirige le monde, le sexe dirige l’Homme, le sexe dirige la politique. Point. Mon article est terminé.

    Mais j’aimerais quand même vous parler de situations que je ne comprends pas, que je ne peux pas comprendre, défaut de fabrication cérébrale ? Boarf.
    Je ne saurais pas vous dire pourquoi mais dans mon idée le sexe est quelque chose d’à part, à préserver, une des seules choses un peu belles et apaisantes dans la vie avec la nourriture. De fait pour moi, rien n’est moche dedans tant qu’il y a consentement et que ce consentement soit valable, « éclairé ». Je ne sais pas d’où me vient cette doctrine personnelle mais j’ai longtemps cru que c’était une évidence et que tout le monde pensait comme moi.

    Et puis, je me suis mise à interagir avec la société, à l’hôpital notamment. En gériatrie long séjour j’ai fait la connaissance de Mme Loiret qui me reprenait toujours « mademoiselle Loiret » et me racontait son histoire, sans cesse. Jeune fille elle était amoureuse d’un homme.  « Un amour platonique vous comprenez, parce que ma mère m’avait bien dit que les hommes étaient dangereux ». C’était son histoire d’Amour, la seule et l’unique celle qui lui importait. Ils se voyaient souvent, elle devait sourire en coin, avoir cette espèce de nuée de papillons dans le ventre mais elle n’avait jamais rien fait parce que bon… ça ne se faisait pas trop. Ils n’étaient pas mariés, les hommes c’est dangereux hein, sa mère devait aussi faire barrage.
    Son histoire me rendait tellement triste et ça a tellement dû la marquer pour que 60 ans après elle en parle d’une seule traite à la seule évocation du « Madame ». Cette femme a raté quelque chose de Bien, d’exceptionnel parce que…. CA NE SE FAIT PAS, bordel.

    Et moi, petite étudiante d’une vingtaine d’années, j’étais celle qui avait couché pas mariée, le premier soir, et avec une fille en plus. Parce que j’en avais envie et que rien n’aurait pu me faire regretter cela. Parce que j’étais bien. Ca aurait fait hurler ma mère,  ça bouleversait peut-être des Codes dont je n’imaginais même pas l’existence, mais personne n’a rien à en dire. Sexer n’est surement pas un acte politique. C’est surement la chose qui devrait être la moins politique au monde.

     

    Et puis, plus récemment, j’ai appris l’existence d’une théorie : la domination patriarcale dans le sexe. Voir   et puis
    Je n’ai pas pour ambition de vous faire une jolie note avec plein de références et de choses intelligentes. Ce n’est pas mon objectif. D’ailleurs, ce blog je le veux subjectif et spontané. Mais à la lecture de ce genre de choses, un cri profond m’est venu : MAIS NON, PAS LE SEXE ! On peut dire ce qu’on veut de la société, oui elle est sexiste, raciste, homophobe, hétéropatriarcale… mais…ne me gâchez pas une des seules choses qui me fait aimer vivre la vie.
    Je ne conçois pas l’acte sexuel sans consentement, déjà dit, sans confiance non plus et Dieu sait que je ne l’accorde pas si facilement, mais, si tous ces capteurs sont verts pourquoi réfléchir à la dimension politique du sexe et en l’occurrence, de la pénétration ? (prix de la phrase la plus longue, yiha !)
    Une femme aimant la pénétration est sous le joug de la domination patriarcale ? Et même si en fait elle est grave consentante ce n’est que parce qu’on l'a embrigadé dès sa plus tendre enfance ? Mais… What The Fuck ? Quoi La Baise ? On ne peut pas tout simplement prendre plaisir au sexe, quel qu’il soit ? Pourquoi nous bourrer le mou avec ça ? Bourrons-nous autre chose.

     

    Et puis @Gadiouka en a remis une bonne couche avec son article sur la bisexualité. On le savait déjà tous mais elle a le mérite de le dire et bien. Ben ouais, un mec bisexuel c’est quand même un peu un pédé quoi, et si en plus cet ersatz de gay se fait pénétrer, ce n’est plus vraiment un homme quoi. Il devient un dominé.

     

    C’est tellement fatiguant.

    Et vous pouvez certainement dire que tout me fatigue dans ce monde mais quand même.

    Ce genre de choses, de jugements, de clichés, de pensées préétablies font des Mme Loiret partout à travers le monde et si moi j’ai réussi par je ne sais quel miracle à passer à travers, je suis triste pour ces personnes.

    Et à vous, je peux vous le dire. Je vous en veux beaucoup. Non, la vie intime des autres n’est ni sale, ni mauvaise, ni risible, ni pitoyable, ni inappropriée tant qu’elle répond au seul consentement chez des personnes étant en moyen de le donner sans artifice. C’est d’une évidence tellement évidente… tellement évidente que j’en fais ainsi un article à moindre coût. Parce qu’en plus d’être une méchante sage-femme, je suis d’une odieuse flemmardise.


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  • J'ai grandi dans ce qui n'était pas encore un désert médical. Un tout petit village, dans un des départements les plus ruraux de France. Ce petit village, de moins de 1000 habitants, est éloigné de tout : le laboratoire médical et le cabinet de radiologie les plus proches étaients à 20 km, l'hôpital le plus proche à 50 km (enfin, les 3 hôpitaux, mon petit village étant à équi-distance de ceux-ci) si l'on fait exception de la clinique qui se situe à 35 km (enfin, la clinique, vaut mieux l'éviter, sa [mauvaise] réputation la précède). En tant que chef-lieu de commune, mon petit village abritait les différentes structures médicales : le cabinet médical avec ses 3 médecins généralistes, la pharmacie, le cabinet infirmier, le kinésithérapeute.

    J'ai grandi dans ce petit village, avec l'envie dès mon plus jeune âge de devenir docteur. Et c'est parti pour la grande ville, les études de médecine. Mon projet initial était de devenir généraliste et de venir m'installer près de mon petit village (pas trop près non plus, je n'avais pas envie de soigner toute ma famille ni tout ceux qui m'avaient vue grandir). Je le clamais d'ailleurs haut et fort. Et ma famille en était fière. J'avais d'ailleurs déjà eu des contacts avec le maire du village d'à côté. Il me proposait de m'installer, en me fournissant (au moins) un local gratuitement. Ca me plaisait bien comme idée.

    Pendant ce temps-là, la situation à petit village a dégénéré. Un médecin est parti, puis un deuxième, et enfin le troisième. Un nouveau est arrivé, et est reparti quasi-aussitôt. Il y avait bien un autre médecin à 5 km de là, mais il est lui aussi parti. Finalement, la mairie a réussi à recruter un médecin, une médecin pour être précise, allemande, déjà un peu âgée. Les gens étaient un peu méfiants au début, mais ils ont dû se rendre à l'évidence qu'ils n'avaient pas le choix. Il fallait qu'ils acceptent de changer leurs habitudes pour ne pas être privés de MG. Ils ont dû apprendre à avoir un médecin qui n'avait plus le temps de rester manger après une visite, ni prendre un café. Il a aussi fallu oublier le médecin disponible 24h/24 et accepter d'appeler le SAMU pendant la nuit. Les patients ont évolué.

    Et moi aussi. Je suis tombée amoureuse des urgences. J'ai trouvé une spécialité où je me sens bien, où je me sens utile. Je suis certes devenue généraliste, mais avec un diplôme complémentaire en médecine d'urgence. Je ne m'installerai pas près de mon petit village. J'espère que d'autres le feront. D'autant que la situation semble s'améliorer : un deuxième médecin va s'y installer, un autre est revenu dans mini-village à 5 km, une maison médicale se monte à 12 km de là. Mes parents ne seront pas encore #PrivésDeMG.

     


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  • Et là, toutes mes lectrices  me répondent : « le cycle éternel », « oh noooooon Mufasa !!!! ». J’en ai déjà parlé, j’en parle régulièrement, faut croire que ça me travaille. Il y a un an, je dépassais l’âge des réductions : cinéma, transport, clubs échangistes, j’étais devenue (riche) ADULTE et ça m’a fait un petit coup au moral.

    Mais, reprenons, le plus dur était sûrement de recevoir mon diplôme de sage-femme. J’avais un but matériel, des études. J’avais quelque chose que j’aimais, apprendre. Mon DE en poche je n’avais qu’une envie, recommencer et faire une fac que je n’avais encore pas touchée du bout de mes jeans trop grands.

    Mais bon, j’avais un diplôme professionnalisant, un métier pretty cool, bref, de quoi évoluer et m’amuser. J’ai alors appris mon métier, pour de vrai, avec un téléphone dans la poche et des gens qui gonflent poitrine lorsqu’ils te parlent (go go gadgeto boobs). CDD, CDD, CDD des nombres incalculables j’en ai (pas) signé, puis CDI, puis, au boulot ça va. Je suis loin d’être Super Sage-Femme, mais, ça va.

    Déboussolée il me fallait un autre but, alors, j’ai dit oui. A presque tout. Référent machin, biblio de truc, études de choses. A tel point que je me retrouve en réunion à midi après une série de garde de nuits et que je ne pense même pas à ne pas y aller, tellement… il me faut un truc, un truc intellectuel et qui m’intéresse.

    Je rêve tellement de recommencer à zéro, juste pour le plaisir. Je suis folle. Je veux gagner au loto pour ça.

     

    Parallèlement, ma vie personnelle fut une sorte de désastre pendant un temps certain. On doit s’y complaire parfois. On se sent important d’avoir des choses à gérer. Puis, j’en ai eu marre. J’ai attendu et j’ai  eu du Bien, du pas Fucked Up, du stable. Des chats. Des anniversaires. Des projets. Des projets d’adultes. J’ai une putain d’envie de construction. De pouvoir commencer ma vie. Une putain d’envie de Beau. Du Beau au niveau individuel, une sorte de gentille addiction à l’exceptionnel. Du Beau au niveau familial, c’est tellement Moche dehors.

    Mon Docteur revient en Novembre, son dernier stage loin. La dernière fois que quelque part, on pourra sortir l’argument du temps, de la distance, de je-ne-sais-pas-quoi.  On va se poser et être des adultes. Je n’ai jamais voulu être l’Adulte qu’on voit à la télé. Je pense relativement à l’inverse des autres. Elle le sait. Elle me pousse toujours à avancer. En fait, je crois bien que ce n’est pas d’avancer qui me fait peur, mais qu’on puisse un jour s’arrêter. Je ne veux pas m’avancer pour plus loin, me poser.

    Grosse envie de lui prendre la main et qu’on évolue, pour de bon. Dans le même sens. Le sens inverse de Patrick Sébastien. Le sens inverse de tout ce qui me fait détester les gens. Même ceux qui me paraissent moins pire.

    Allez, dis, tu reviens et on commence tout. J’espère que tu ne me prendras pas pour une folle. ^_^’

     

    Ma vie, j’aimerais tellement qu’elle soit un joyeux bordel jusqu’à la fin.


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  • Lorsque j’étais enfant, je jouais au tarot avec ma famille les soirs d’été. Même si depuis j’ai oublié les règles, je me souviens que j’aimais ça. J’adorais les petites scènes dessinées sur les atouts.

     J’ai maintenant grandi et de ces nuits passées à quémander un peu de fraîcheur il ne me reste qu’un vague sentiment d’irréalité. L’atout maintenant c’est moi et celui qui me tient entre ses doigts n’est pas une petite fille amusée, mais ma maternité. Une institution froide, rigide, qui ne voit que rentabilité et performance. Ce n’est même plus vraiment de sa faute mais un jour, tout s’écroulera.

    Un atout me direz-vous ? Oui, je suis jeune, je ne suis jamais en arrêt maladie, je n’ai pas d’enfant susceptible de me faire louper des gardes ou de me faire refuser des heures supplémentaires non payées. Je suis aussi polyvalente et râle peu lorsqu’on m’envoie sur un poste inconnu comme ça, en me laissant me débrouiller. En toute objectivité, sur un planning, je suis un élément de choix.

    Bonne poire ? Il y a de ça… mais d’un côté ça m’arrange. Je suis une infiltrée. Un grain de sable dans le rouage. On compte sur moi et moi je compte sur peu de gens. J’accepte de servir quelques fois, parce que c’est le jeu. Mais par contre, ne venez pas me chercher des noises sur ce qui me tient à cœur. Revenir le jour où pile je ne veux pas ? Non. Travaillez à Noël ET à Nouvel An ? Non. Et le pire… discuter mes conduites à tenir médicales pour me proposer des avis délirants alors ça, triple Non. J’accepte de servir le système, mais je ne suis pas un automate dédié à sa toute puissance. Le système moi, je m’en méfie. Je pense qu’il gangrène. J’espère juste avoir assez de recul pour ne pas sombrer et peut-être même, l’aider à encore espérer.


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