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Par Knackie dans Le coin de Knackie le 15 Janvier 2012 à 16:40
Je pense que ceux qui l’ont vécu n’iront pas me contredire, les études médicales et plus largement de santé, ce n’est pas tout ce qu’il y a de plus Kawaï. Pourtant, de l’extérieur, les métiers sont beaux, nobles, le médecin sur son beau destrier vient soigner les gens d’une mort certaine avec le sourire, cent balles et un Mars. L’infirmière a les yeux brillants de sollicitude lorsqu’elle écoute son dépendant se plaindre qu’avant il était encore un peu humain. Et la sage-femme… non personne ne sait qui c’est, peut-être une fille vaguement rose et sûrement très gentille.
En vrai, ça commence par un concours où peu survivent. Et je ne vais pas me lancer sur un débat sur le concours PAES. Moi j’ai *plutôt* aimé mes P1, je trouvais les gens gentils. Je ne vais pas parler des concours paramédicaux, je ne les connais que très peu. Bref, après cette âpre phase de sélection on pourrait penser que ça y est, on va pouvoir apprendre notre futur métier dans la joie, l’allégresse et le respect du patient. Mais il n’en est rien.
Alors bon, je suis sage-femme, forcément je vais me concentrer plus sur ces études que je connais relativement bien, mais je pense que ça pourrait être largement superposable aux autres petits amis des hôpitaux.
C’est un fait, à l’hôpital on croise plein de personnes hostiles qui ont dans leurs prérogatives, nous former. Ambiance. Pourquoi tant de haine ? Raisonnement basique, la santé c’est violent alors on ne prend pas de gant, encore moins avec ses (futurs) collègues. Ainsi, lorsqu’à 20 ans on se retrouve coincée avec un vieux monsieur agonisant dans ses glaires, une femme désespérée et son fœtus macéré ou encore un adolescent comme nous avec son Hépatite C et son VIH , ben mon vieux, il faut bien se forger parce que c’est en forgeant hein. L’Hôpital, cette grande Forge.
Bref, forcément, devant les cas glauquissimes, l’étudiant et ses questions existentielles sur « ah bon ? Je dois téléphoner à un hôpital qui n’existe plus pour récupérer le Compte Rendu en chinois de la césarienne de madame X datant de 1983, mais je sais pas mooooooooooooi. » On s’en fout, il se débrouille, ça lui fera les pieds, je me débrouille MOI grand professionnel, quand je sauve des vies et que je (me) cache des morts. L’étudiant comme cadet des soucis, l’étudiant sur qui on peut se défouler, se décharger et sauter dessus à pieds joints.
Il arrive donc en stage les étoiles dans les yeux mais point de comité d’accueil. Chacun a déjà ses propres problèmes alors hein…
Et puis, si on y réfléchit, est-ce que ça se passerait mieux si on prenait l’étudiant par la main pour lui expliquer la vie ? La mort ? Le handicap ? On a déjà plein de jolis cours sur ça. Je ne sais pas pour les autres, mais pour moi ça manquait de réalisme et de clefs pratiques. Sûrement parce qu’il n’en existe pas et que chacun fait à sa sauce… enfin c’est ce que j’ai retenu de mes études. On fait au mieux avec nos moyens. Faut juste ne pas être con et buté, ce qui en soit n’est déjà pas gagné.
Alors moi avec les étudiants, comme malgré tout je suis très gentille, je réponds à leur question de manière, je l’espère, complète. Mais effectivement, selon leur précédents acquis, je ne les accompagne pas partout car au final, seul au lit du patient, on apprend énormément de choses et on se rend vraiment compte de nos faiblesses… ou de nos réussites. Il y a manière de faire. On peut très bien envoyer l’étudiant faire X tâches en lui faisant comprendre qu’il a intérêt d’assurer et partir boire le café, voir râler parce qu’il n’a pas fait exactement comme on l’aurait fait. Ou l’envoyer et lui dire qu’on reste disponible au cas où. Ou l’accompagner et faire comme si on n’était pas là… mais là c’est moi qui ai du mal.
Quoiqu’il en soit, l’étudiant se blinde. Il commence alors sa phase de cache-cache avec le professionnel, essaie de gruger, des minutes, des jours, des « missions » parce les grands c’est tous des connards. Puis le cercle vicieux, ils deviennent des adultes revanchards, se disent qu’à eux on ne leur a pas fait de cadeaux alors à quoi bon ? De la violence des études médicales, c’est certes d’abord le métier qui est violent mais une partie de son stress est certainement auto-entretenu par la peur, les rancœurs, le pouvoir et toutes les choses humainement détestables. Je ne changerai pas les gens. De toute façon je n’aime pas les gens (spéciale dédicace aux neuneus qui se reconnaîtront ou pas), je reste dans mon coin et je fais ce que je crois juste peut-être à tort. Est-ce une bonne solution ? A vrai dire j’y pense de moins en moins. Je suis une simple goutte d’eau. Il en faut bien pour faire l’océan.
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Par Knackie dans Le coin de Knackie le 17 Décembre 2011 à 15:46
Il n'est un mystère pour personne que j'adore l'hôpital: ces longs couloirs saturés de lumière artificielle, ces sols en plastique qui font pouic pouic, et surtout, son brouhaha incessant.
C'est drôle, à voir la fiche de poste de la sage-femme hospitalière lambda, on pourrait croire que son rôle est de prendre en charge le suivi médical des patientes hospitalisées...mais il n'en est rien. En réalité, la sage-femme doit s'assurer que personne ne meurt tout en satisfaisant la multitude d'intervenants rencontrés au cours de son admirable mission.
Nous avons ainsi la personne qui cherche la chambre 203, l'agent de bionettoyage qui voudrait passer dans le couloir étroit, le monsieur qui cherche une femme dont le prénom est Marie ou Maria ou Mozambique et qui aurait accouché aujourd'hui... ou pas, l'interne de bactério au téléphone qui aimerait savoir si Matis avec son Strepto B qui pousse dans l'oreille est hospitalisé dans ce service, la secrétaire de chépakoi qui aimerait connaître le numéro de chépaki, l'Etat Civil qui appelle parce que Monsieur Comprenpo, ne sait pas quel nom donner à son enfant alors qu'on lui a déjà expliqué les modalités de la déclaration de naissance... liste bien sûr non exhaustive.Alors, au fur et à mesure de temps, je teste des moyens de défense anti-perturbation qui, je dois l'admettre, ont toujours du mal à être efficaces. Le basique, lorsqu'on est dans une chambre, mettre la présence (la petite lumière qui s'allume à l'extérieur). On espère naïvement que ça va calmer les ardeurs de certains, mais que nenni, la présence est aussi l'arme du diable. On SAIT où te TROUVER. Ainsi, ça ne gêne absolument les gens qui entrent un 1/10 de seconde après avoir frappé pour ramasser le plateau repas alors que tu es entrain de faire un Toucher Vaginal ; mais ça permet à l'agent d'accueil de savoir où te déranger pour te soumettre un nouveau problème téléphonique.
Le téléphone, parlons-en, véritable instrument de Satan sonnant toutes les trois minutes. Je suis parfois sans pitié avec lui, des fois, je ne réponds pas, voire je le coupe. J'ai alors le coup de fil quelques minutes plus tard avec mon correspondant presque choqué qui me dit "j'ai essayé de vous joindre..." auquel je réponds "Oui, j'étais entrain de perfuser un nouveau-né/dans une chambre/entrain de faire un TV (tjrs bonne excuse) et ça calme. Il peut y avoir une urgence me direz-vous ? Certes, mais le numéro de mon correspondant s'affiche et le secrétariat du Dr Chose, non ce n'est pas urgent, et puis il y a d'autres téléphones dans le service et puis on a déjà téléphoné au service voisin pour venir me chercher car mon téléphone sonnait dans le vide (et pour cause, je peux pas répondre pendant que je pose une voie veineuse) et bien sûr, ce n'était pas urgent.
Et puis, il y a le monde, tout le temps, toujours, aux horaires du bureau. Ca en est à un point où je n'ai même plus de chaise et même plus un cm² de coin de bureau pour pouvoir étudier un dossier. Je n'en suis pas très fière mais lorsque j'ai un étudiant avec moi je lui dit parfois de ne pas quitter l'ordinateur, de le GARDER, au péril de sa vie... pendant que je vais faire je ne sais quel truc alacon, pour qu'on puisse ensemble récupérer les bilans, mettre à jour la relève, informatiser les dossiers... bref, faire les choses PC-dépendantes, parce que sinon on va venir me le piquer pour imprimer le prix des locations des chalets pour Noël.
Lorsqu'une patiente entre dans le service il faut que je morde pour avoir la place d'étudier les dossiers...et parfois, de guerre lasse, je le regarde vite fait, je vais voir la patiente et j'attends 17h dans un placard, en me balançant d'avant en arrière, que le gros des gens s'en aille. Je pourrais ainsi travailler calmement.
Parfois je rêve qu'on m'oublie. Non je ne suis pas la sage-femme (comprendre Madame à Tout Faire) du service. Je suis transparente. Oh non non, je m'en fous que Madame Tetcruse a oublié son chargeur de portable en quittant sa chambre et qu'il faut maintenant que je trouve son téléphone que j'appelle pour tomber sur son répondeur et lui dire que PUTAIN UN CHARGEUR CA SE LAISSE PAS SUR LA PRISE. 5 ans d'études, et ce sont ce genres de choses qui dans une journée me prennent le plus de temps. La contraception de Madame Chépakoifaire, on verra plus tard, là il y a un truc urgentissime à régler, la famille de Madame ????? cherche son numéro de chambre (il y a pourtant un accueil à l'entrée hein, mais en montant au premier étage ils ont oublié le numéro).
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Par Fant4zy dans Le coin de Fant4zy le 28 Novembre 2011 à 19:17
Maitrisez vos émotions… Le soignant doit être une machine, pas une larme, pas un sourire, pas une joie, pas une peine, rien !! C’est bien connu. Si on ne « maitrise pas ses émotions », si on ne « laisse pas sa blouse au vestiaire », on est un mauvais soignant.
Je suis une mauvaise infirmière, très très mauvaise.
Un après midi, en relève, ma collègue m’annonce qu’une patiente a décompensé, elle devrait mourir dans l’après midi. Toute sa famille est là pour l’accompagner, on ne fait rien, on la laisse partir tranquille comme elle le voulait.
Premier tour. Elle me répond. Elle a pas mal, elle a la morphine. Elle est contente que tout le monde soit là. Toute sa famille fait (déjà) une tête d’enterrement. Un petit coup de constantes, peut être histoire de faire quelque chose et puis je m’en vais.
Deuxième tour. Elle sature moins bien, elle commence à sombrer. Elle a tout le bras du corps marbré. J’évite un peu le regard de la famille, c’est rare comme sensation, je me sens importante pour eux, comme si ils attendaient mon verdict, comme si j’avais des conseils à donner dans ces situations là. Sa fille me demande ce qu’ils doivent faire. Ben je sais pas. Lui tenir la main je suppose, rester avec elle, l’accompagner.
Troisième tour. Je me sens mal en rentrant, je sais pas ce que je vais trouver. Tout le monde me scrute à l’entrée. Elle est toujours là. Marbrée jusqu’en haut mais toujours là. Elle est toute paisible. Un léger sourire à la famille, je propose un café, un truc à boire.
Je continue mon tour. Quelques minutes plus tard, la fille arrive, me dit qu’elle croit que c’est fini. J’y vais. Elle est plus là. Je me sens mal, tout le monde me regarde, c’est pas à moi d’annoncer un décès, je suis qu’infirmière moi. Je lâche quand même un « toutes mes condoléances » avant de quitter la chambre avec les larmes qui me montent aux yeux.
Mécaniquement, je rassemble les papiers, je fais ce qu’il faut, j’appelle le funérarium. Puis la famille vient me voir pour savoir ce qui se passe après, j’explique.
C’est là que je deviens une mauvaise soignante. Quand la fille me dit à quel point elle était aimée. Ben je pleure et je dis que moi aussi je l’aimais bien aussi.
J’ai pas maitrisé mes émotions. Parait que c’est très grave.
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Par Knackie dans Le coin de Knackie le 30 Octobre 2011 à 12:57
A mon grand désespoir, on n'a pas le droit de travailler ivre à la maternité... Par contre on a le droit de travailler jusqu'à épuisement, tant qu'on est à son poste. Pourtant, les deux états se rapprochent drôlement.
Alors, lorsque de nuits lasse, on voit enfin l'horloge afficher 7h, un espoir renaît, celui de pouvoir écouter nos paupières lourdes et nos neurones hypoglycémiques. A 7h, les gens normaux se lèvent pour aller travailler, ou même arrivent au travail. Mais bien souvent, pour moi c'est la délivrance placentaire.Ca commence par l'arrivée des agents techniques des sols (je ne sais pas quel nom savant on les affuble). Ca parle fort, avec accent, dans les couloirs. Ces gens-là on les paie au lance pierre, on en embauche le moins possible et il parait même qu'on les fouette lorsqu'ils ne travaillent pas assez vite. Alors, dans le service, on leur offre du café ou les barquettes de patients qui restent... en cachette bien sûr. Lorsque j'ai commencé à travailler certains avaient même peur de moi et arrêtaient de parler avec l'aide-soignante lorsque je rentrais dans la salle de repos. Peut-être avaient-il peur que je dise à leur chef qu'à 2h du matin ils faisaient une pause dans NOTRE salle avec NOTRE café, au lieu d'errer dans les couloirs en quête d'une chambre à refaire? Puis ils ont vu que je leur disais "bonjour" alors ils se sont détendus un peu, je crois.
Quoiqu'il en soit, quand ils arrivent ça sent la fin. La relève. Relève que je passe dans le brouillard, j'écorche gracieusement le nom des patients avec rapidité, et non, je ne raconte pas leur vie entière. Il faut dire qu'on a un peu moins d'une minute par chambre selon les horaires "officiels" et en général, je ne dépasse que de peu.
Puis on s'en va, vestiaire, parking, voiture. La conduite est automatique. Je passe lorsque j'étais étudiante, que j'avais une bonne heure de route à faire et où j'ai pu m'endormir sur la nationale. Mais les étudiants on s'en fout, on a droit à un pourcentage de perte. Là c'est de la ville, pas longtemps, de quoi rester alerte.
Enfin, le meilleur moment du monde, celui où l'on retrouve son lit alors que tout le monde s'active dehors. Le sommeil est presque instantanné, pour quelques heures de plus en plus courtes. Avant de repartir.
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Par Knackie dans Le coin de Knackie le 17 Octobre 2011 à 19:44
Etudiante, j’aimais bien les nuits en salle de naissance. Il n’y a pas forcément moins de travail, mais c’est plus intime, les sages-femmes sont moins stressées par les Autorités Supérieures et la fatigue rend un peu plus solidaire… quoique.
Lorsqu’à 20 heures j’ai pris ma garde, Madame Padbol était installée en salle depuis 8 heures du matin pour une Interruption Médicale de Grossesse. Le troisième trimestre était dépassé de peu, la malformation cérébrale certaine, un bébé qui aurait eu un avenir incertain. C’est moi qui m’occuperait de Mme Padbol avec la sage-femme, l’autre étudiante prend en charge une patiente au devenir plus joyeux.
La salle d’accouchement est grise, froide, sans fenêtre. Elles le sont toutes dans ce bloc mais en général les couples n’y font que peu attention. Autre chose à penser. Moi ça me pèse toujours un peu, 12 heures enfermée là, des fois sans boire, sans manger, et sans aller aux toilettes. Si on rajoute à ça des bébés morts, on entre dans un malaise évident. Quoique… des poneys auraient-ils fait baisser la tension ?
Avec la sage-femme, on va se présenter au couple. Ils sont fatigués. On explique que parfois, dans ce genre de situation, le travail est long et que d’un coup, le col lâche et tout s’accélère. Pour Mme Padbol ça s’est produit vers une heure . On appelle le reste de l’équipe médicale, l’interne et le chef d’obstétrique, l’interne d’anesthésie. La patiente pousse et libère le corps sans vie. On lui a un préparé un plateau rien que pour lui, avec un Absorbex© doux et absorbant. Elle ne veut pas le voir tout de suite, peut-être plus tard. Je l’amène dans une petite salle, appelée « le labo ». C’est là où se trouve le frigo contenant des pièces anatomopathologiques comme les placentas, c’est là aussi où on pèse et mesure les enfants nés sans vie…enfin morts quoi. C’est la première fois que je me retrouve toute seule avec un cadavre de nouveau-né sur plateau, dans 4 mètres carrés, au milieu de la nuit. J’ose à peine le toucher, on dirait presque un vivant, il est juste plus petit. La sage-femme m’avait dit de vite revenir après, elle ne tenait pas tellement à ce que je reste seule là bas. J’ai de la chance, je suis tombée sur une gentille. Bon nombre de mes collègues n’ont pas eu cette chance et se sont retrouvés à peser, mesurer tout seuls.
Lorsque je retourne en salle la patiente se plaint d’une douleur à l’utérus. Elle a déjà eu une césarienne, et la cicatrice au niveau de l’utérus vient de se rompre légèrement. Dès le diagnostic posé je comme à préparer la patiente en urgence pour le bloc opératoire. Je change et accélère la réhydratation, la sage-femme pose la sonde urinaire et la patiente part vers une salle contigüe pendant qu’une aide-soignante s’occupe du mari. Elle ira bien par la suite.
Avec la sage-femme on retourne vers le labo. L’enfant est toujours là. Je l’avais recouvert d’un autre Absorbex©, je savais pas trop, ça me faisait bizarre de le laisser découvert dans son plateau. On prend ses mensurations, il partira en foetopathologie pour examen. On lui met une couche et on prend des photos au cas où les parents voudraient en avoir ou les regarder plus tard. Puis on le met au frigo.Pendant ce temps là d’autres femmes arrivent pour accoucher rapidement. Ma collègue s’en occupe déjà. Je prends une petite pause en attendant une patiente avec un enfant vivant. Je crois qu’il y en a une qui contracte aux urgences… Coup de téléphone du service. Une patiente à 20 semaines a des contractions et le cerclage de son col a lâché, elle arrive. Je demande à ma collègue si elle veut bien s’en occuper pour que je puisse ainsi avoir un accouchement heureux dans la garde. Elle refuse… elle a déjà une (ou deux ?) patientes. Hum.
Lorsque je vais pour installer la patiente, la sage-femme (toujours la même), s’étonne que ce soit encore moi. Ben oui… ça m’étonne aussi. M’enfin. Mme Padbolbis est en larmes. C’est sa troisième fausse couche. Pour cette grossesse on avait mis un fil autour du col de l’utérus pour ne pas qu’il laisse s’échapper cette grossesse trop tôt. Malgré tout elle a rompu la poche des eaux et quelques contractions ont brisé le cerclage, l’accouchement est inévitable. Elle me raconte son histoire pendant que je la perfuse, outre ses fausses couches elle a un parcours médical très chaotique. Mme Padbolbis c’est le genre de personne où tu te dis que la Nature a décidé de passer toute sa colère sur elle. Elle me dit que pourtant elle avait fait attention à bien se reposer, que ce n’était pas possible d’encore vivre ça. Je passe alors du temps à lui expliquer que non, ce n’est pas sa faute. Ca la rassure un peu, je crois. En tout cas, c’est très important à dire, la culpabilité, même si irrationnelle tourne toujours autour des couples victimes d’IMG, fausse couche, mort fœtale etc… Et puis à cette époque j’avais de la chance, du temps j’en avais, j’étais étudiante.A la fin de ma garde, Mme Padbolbis n’avait toujours pas accouché et moi j’avais eu la chance d’installer une patiente avec un bébé qui bougeait dans son ventre. Ca m’avait fait du bien de pouvoir poser rien qu’un monitoring… pendant que ma collègue enchaînait les accouchements rapides. Je suis sortie de la maternité fatiguée, comme toujours, et sans trop le sourire. Je savais que ce genre de gardes n’était même pas exceptionnel, ça allait faire partie de mon quotidien.
Effectivement, une fois diplômée ayant en charge plus de patientes et bien j’en ai fait des diagnostics de mort fœtale, des annonces de fausse couche, des accompagnements d’IMG… ce n’est pas un cas qui est difficile, c’est leur répétition et si il n’y a pas un peu de joie entre, ça devient pesant.
Alors, ça me fait doucement rire les gens émerveillés de bonheur en pensant à la profession de sage-femme. Ceux qui se permettent de me déclarer Grande et Méchante sage-femme parce qu’un bébé parfois, je l’appelle « gamin » et que non, je ne souris pas niaisement en entrant dans une maternité. Je sais trop ce qui s’y passe. Et parfois, les couples sans histoire, ne comprennent pas leur chance.Bien sûr, tout n’est pas toujours noir mais à chaque fois que je m’occupe d’une femme enceinte ou d’une accouchée qui finalement sans sort sans trop de soucis, je ne peux m’empêcher de penser un peu aux Mmes Padbol. Je sais que je ne devrais pas forcément, que Mme Joiebonheuretponey a le droit aussi d’être exigeante et de vouloir que tout soit parfait. Par exemple… en voulant absolument le pyjama bleu celui tout au fond de son sac qu’elle n’a pas pensé à sortir, même si le vert est tout devant et facilement accessible. Et puis oui, on peut toujours trouver pire et alors ? Quand on n’est pas le pire on veut aussi être bien.
Mais quand même.
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