• Winckler qui ici nous mélange violence, viol, maltraitance et nous fait un gros milkshake bien lourd. Ok. J’avoue, ça m’a déçu. Ça m’a déçu parce que Winckler c’est quand même quelque chose en gynécologie. C’est un peu le mec qui s’est levé et a dit, « Nan mais, c’est quoi cette spé préhistorique ? » La gynécologie-obstétrique  c’est ouais… pas toujours très fin. Pas toujours très Evidence Based Medecine et pas toujours très respectueux. Là il nous fait quelque chose de racoleur à mort, pas vraiment rigoureux et euh… à mon sens WTF. Mais ça m’a permis de réfléchir, de me dire que oui, là ou là j’ai failli, j’aurais pu moi, maltraiter et même violer… et finalement ça n’aurait pas fait chier grand monde.

    Je ne prétends pas être la meilleure sage-femme de France. Et des fois je dois avoir des aspects vraiment pourris. Néanmoins je m’octroie une qualité : la réflexion sur ma pratique. J’ai aussi quelques grands principes : Primum non nocere et le consentement (éclairé).

    J’essaie également de transmettre cela parce qu’à la limite moi c’est une chose, mais… de centaines de petits padawans lâchés dans la nature c’est différent.

    L’exemple le plus banal serait peut-être celui de l’épisiotomie. L’épisiotomie c’est inciser le périnée et ça a certaines indications. Du côté de l’opérateur c’est un acte médicalement banal, un ou deux coups de ciseaux. Ça n’en reste pas moins un geste chirurgical, un « soin » qui demande le consentement de la patiente. Quel sage-femme ou gynécologue prévient ou demande l’autorisation avant de le pratiquer ? Il y a en a qui le font et il y en a beaucoup qui coupent sans mot dire (parfois au gros soulagement de la patiente qui ne veut pas savoir, c’est vrai).
    Mais moi ça me choque.  Ça me choque parce que je ne veux pas que la patiente me laisse totale maitrise de son corps sans qu’elle en soit clairement informée, sans qu’elle en ait clairement consenti. Je ne veux pas être un Dieu tout puissant, je ne cherche pas un quelconque pouvoir ou une facilité reposante. Alors je m’astreins à en parler, à trouver le bon moment pour ne pas troubler, à transmettre. Ne pas le faire serait-ce de la maltraitance wincklerienne ? Sûrement.

     

    Et le viol ? Le viol c’est grave aussi. C’est même pénal. C’est une pénétration non consentie. Pénétration au sens large.
    Des étudiants qui iraient faire des Touchers Vaginaux ou Rectaux à un patient endormi sans son consentement par exemple ça rentre pile poil dans la définition.
    En gynéco-obstétrique le Toucher Vaginal, c’est banal. La nana enceinte qui consulte pour vomissements et hop, un TV quoi. Banal ? Oui… mais ça reste quand même un geste qui demande un accord de la patiente.

    Ainsi, j’ai reçu Madame Brrr.

    Madame Brrr débarque pour un accouchement voie basse en salle de césarienne. En salle de césarienne car c’était la seule disponible… beaucoup de femmes allaient être mère ce jour-là. Elle veut absolument une péridurale. Elle crie, elle hurle, et se montre agressive. Elle refuse tout monitoring. Elle refuse tout examen vaginal. Elle veut une péridurale. On ne sait pas où en est la dilatation… juste sa douleur, pesante.
    On arrive quand même à écouter les bruits du cœur du fœtus qui semblent normaux. Un examen vaginal nous permettrait de savoir où en est le travail, si une péridurale est à propos, son dosage, s’il faut préférer une rachi-anesthésie ou si d’autres analgésies sont possibles. Je tente de lui expliquer. Elle refuse. Elle veut une péridurale. Un TV nous aurait vraiment bien aidé et j’aurais pu facilement lui faire. Deux doigts et hop ! Je n’aurais même pas été inquiétée. Mais merde… ce n’est pas ça la médecine et en face j’ai un être humain et non un cas clinique. Pénalement ça relevait du viol, moralement c’était mal, déontologiquement également et éthiquement plus que discutable. J’annonce alors au gynécologue de garde que non, je ne l’examinerai pas, qu’elle refuse et que je n’irai pas contre. On pose conjointement avec l’anesthésiste l’indication d’une péridurale. La patiente se calme légèrement. Les préparatifs faits, la tête du bébé apparait à la vulve. L’analgésie n’aura pas le temps d’être effectuée. A la fin de la garde j’ai pu continuer à me regarder dans le miroir.

     

    Et le consentement ?
    Madame Ogg est enceinte de son Xème bébé. Des troubles du rythme cardiaque fœtal apparaissent dès le début du travail. On  lui parle de césarienne. Elle refuse. On lui explique les risques, on fait des examens complémentaires qui nous rassurent. Puis, un ralentissement prolongé. Le cœur du bébé se met à battre bien trop bas, à 80 battements par minute. Il ne récupère pas. On lui dit qu’il faut une césarienne car sinon il son enfant risque de mourir ou d’avoir des séquelles. Confiante, elle refuse. On n’a pas le droit de l’opérer de force. Pas plus que celui de faire une épisotomie de force ou un TV à la hussarde comme pour les patientes plus haut.
    Et pourtant, ça choquerait presque moins de lui ouvrir le bide sans son consentement. Mais légalement le fœtus n’est pas une personne. Il n’est pas encore né.
    Le rythme cardiaque baisse encore, 60 battements par minute, un tracé plat. On lui montre et on lui dit, « regardez, votre enfant meurt ». Elle accepte alors la césarienne en extrême urgence avec un retard de prise en charge à faire râler très très fort. Mais… c’est le « jeu ».

     

    L’obstétrique est une putain de belle spécialité. Lorsqu’on la pratique on est au cœur de réflexions éthiques ou déontologiques avec des morceaux de législation et de morales dedans. La facilité c’est de balayer tout ça à grand coup de médecine savante et paternaliste. Je le refuse et j’en trouve encore la force.

    Voir des médecins qui ont œuvré pour cela et pour les femmes faire eux-mêmes des amalgames douteux pour le choc ou pour racoler m’attriste. Je me sens un peu trahie… maltraitée… mais non, pas violée. Je respecte trop les gens pour les abuser avec une verve aussi malhonnête. Car oui Winckler, ton fond est juste, presque beau et pourrait facilement mettre beaucoup de monde d’accord. Le desservir à ce point n’est pas faire honneur à ta cause.


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  • Ca faisait longtemps que je ne vous avais pas gratifié d'un dessin moche et comme l'art pictural est ma véritable passion...

    La première fois que j'ai vu un accouchement en vrai ne m'a servi à rien. Je venais à peine d'arriver dans le service, je ne connaissais pas la patiente et j'étais dans un coin de pièce à regarder les gens s'agiter.

    Dessin Moche - Premier Accouchement

     

    D'autres dessins moches:

    Mes premiers touchers vaginaux
    Ma première semaine à l'école


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  • Sage-femme, quel bô métier.

    Certes.

    Mais d’abord, pourquoi faire sage-femme ? Soyez fiers de moi, j’ai beaucoup investigationné. J’ai… posé la question sur Twitter. Pour beaucoup c’est être auprès des couples dans un moment particulier. Aider les femmes (et là on sent le versant féministe). Ou encore… donner la vie (mais dans ce cas je pense qu’il vaut mieux être côté patiente, nous on ne fait que tendre les bras).

    Alors oui c’est vrai, en théorie. Et en théorie sage-femme c’est aussi une profession autonome et indépendante dans son champ de spécialité : la grossesse physiologique et le suivi gynécologique de prévention.

    Sage-femme c’est une personne lambda, disons, Tatiana. Tatiana au lycée aimait beaucoup les SVT… enfin surtout la biologie parce que les cailloux ça va un moment. Elle voue au corps féminin une vraie passion… enfin surtout les organes génitaux. Et puis aussi elle est féministe et adore les bébés, ou pas. Elle aimerait exercer un métier valorisant, avec des responsabilités et une certaine autonomie. Et puis, mine de rien, avec la Crise elle s’intéresse aussi à la sécurité de l’emploi, à un salaire correct… faut dire que ça rassurerait beaucoup sa maman.

    Suivons donc cette jeune demoiselle dans parcours professionnel épanouissant.

     

    Tatiana 17 ans et demi s’inscrit en PACES. On lui demande d’apprendre par cœur des cours notamment ceux de Sciences Humaines et Sociales mais ça ne lui fait pas peur, elle avait régulièrement des 20/20 en poésie. Le concours, les résultats, elle redouble. La deuxième année, elle apprend encore. Le concours, c’est y est, la voilà admise en école de sages-femmes.

    Des cours, des cours, enfin quand le prof n’a pas oublié qu’il avait cours, et un peu de stage (réforme oblige, on valorise la théorie les premières années). Même qu’on veut des étudiants bilingues français/anglais c’est bien, ils passent le TOEIC… examen des plus adaptés à l’anglais médical qu’ils apprennent quelques heures par an.

    Les années passent, un projet d’étude, des analyses de données aboutissant vers un mémoire de M2 et hop un diplôme de sage-femme. Tatiana est heureuse, sa vie va commencer.

     

    Comme la majorité de ses congénères elle va donc bosser dans une maternité. Enfin si elle en trouve une… parce que la sécurité de l’emploi,  elle fait d’emblée une croix dessus. Si elle est peu regardante elle va trouver quelques CDD par-ci par-là d’un mois ou deux… un peu plus longs si la maternité se révèle peu attractive (médecins cons, conduites à tenir d’un autre âge et autres joyeusetés). Elle n’osera donc jamais dire NON aux gardes supplémentaires qu’on voudra lui coller, aux nuits, à Noël, aux week-end… Elle aura droit à 2 jours de Congé Annuel par mois travaillés à solder à la fin de contrat. Donc si elle enchaîne les contrats d’un mois elle ne pourra avoir que 2 jours de vacances consécutifs… mais ça tous les mois. AH AH. On manque de personnel, tout le monde est en heures supplémentaires mais embaucher d’autres personnes, n’y pensons pas. On a des CDD bouche-trou corvéables.
    Si elle est vraiment regardante sur la maternité de ses rêves elle aura… deux trois vacations, des contrats à la garde ou le chômage.

    Bref, elle travaille, en maternité. Au début elle sera toute excitée pensez bien, elle va enfin jouer son rôle. Rôle de professionnel aidant, accompagnant…  En vrai dans son service elle courra après les sonnettes parce qu’on a supprimé une aide-soignante  et qu’une personne en moins mine de rien ça se ressent. Lorsqu’elle examinera une patiente elle pensera à toutes les autres qui sont à voir URGEMMENT. Le téléphone la coupera toutes les 30 secondes lorsqu’elle parlera contraception ou IVG et si par malheur elle décide de ne pas répondre, on viendra toquer à la porte

    En salle de naissance elle gèrera plusieurs parturientes toutes bien préparées, elles ont vu Baby Boom. Elles exigeront leur péridurale à 1 doigt, ou bien se demanderont pourquoi… mais POURQUOI on ne les fait pas accoucher parce que ça fait déjà 3 heures qu’elles sont installées. Il faut dire qu’on s’ennuie un peu ficelée à une table d’accouchement. Heureusement, certaines maternités sont à la pointe de la modernité et proposent une télévision pour ne pas s’ennuyer entre deux touchers vaginaux.
    D’autres patientes seront là, le couteau entre les cuisses. Elles regretteront leur maternité de proximité fermée, leur AAD impossible à réaliser ou leur pathologie faisant qu’elles DOIVENT accoucher ici, dans la maternité (très) médicalisée de Tatiana. Alors, elles souffleront, sur tout. Dès le « bonjour » de la sage-femme pourtant motivée pour que tout se passe au plus près de ce qu’elles auraient voulu.
    Et puis il y aura plein de couples sympathiques que Tatiana malmènera parce qu’elle n’a pas le temps. Et durant les rares fois où elle sera vraiment disponible, qu’elle l’aura ce putain de temps et bien… elle ne saura ou même ne voudra plus le prendre. Elle préfèrera peut-être buller au bureau devant l’écran centralisant les tracés. Pour une fois qu’elle peut se poser pendant une garde…

    Pour s’épanouir dans ce qui va devenir de plus en plus les maternités il vaut mieux que Tatiana revoit ses objectifs. L’accompagnement et la présence auprès des couples… AH AH AH. Non, il vaut mieux que Tatiana kiffe grave la technique, les fils, la pathologie, les situations critiques qu’on retourne à grand coup de médications et quand même, de sens clinique. Et je ne critique pas. Ce n’est pas un mal, il en faut aussi des comme ça… parce qu’en obstétrique tout n’est pas que physiologie. Mais… et on l’oublie beaucoup, tout n’est pas que pathologie non plus.

    Chaque mois elle aura quand même du baume au cœur : son salaire. Avec des bonifications de fous. Par nuit travaillée elle gagnera 9 euros 63 et par dimanche ou jour férié une soixantaine d’euros. Ca vaut le coup de sacrifier journées en famille, soirées entre amis ou encore rapports sexuels.

     

    Alors, Tatiana peut aussi se destiner au libéral. Ce sera le cas de plus en plus de jeunes diplômés. Connaissant mal, je m’étendrai peu. Je dirai juste qu’elle devra sacrifier beaucoup… du temps, de l’argent et de la tranquillité d’esprit. En effet, pour avoir un cabinet qui rentre dans ses charges c’est déjà un petit challenge. Pour gagner de l’argent, un autre défi. Et pour avoir un salaire qui permette de vivre encore plus. Mais… ça peut changer (ou pas) durant les années qui viennent. Une sorte de salut ? MOUAIS.

     

    Alors maintenant vous pouvez m’insulter, trouver que j’exagère… que je parle même des patientes de manière honteuse. Shame on me. A vrai dire, on a un peu les patientes qu’on mérite (même si certaines sont hors catégorie). Vous pouvez aussi me dire que si je suis aussi aigrie, qu’il me suffit de changer de job ou de me la fermer. Oui mon boulot a des côtés pourris. Quelle sage-femme aujourd’hui peut être heureuse de ce qu’elle propose ? Il y a en a… un peu. Elles ont soit beaucoup de chance, soit un sens du sacrifice plus important que le mien ou alors des critères qualités qui divergent.

    Je râle parce qu’on ne m’avait pas vendu la profession comme je l’exerce aujourd’hui. On m’en avait parlé un peu comme tous ces gens sur Twitter. Je ne pensais pas autant me faire violence ou gruger pour éviter une maltraitance qui s’institutionnalise de plus en plus. Le cœur d’un hôpital et donc de sa maternité est devenu l’argent. Alors, les patientes et bien on les bouge, on les parque, on s’en occupe de la manière la plus rentable et économique possible… Je comprends bien qu’il y ait une réalité économique mais on en arrive à ronger nos propres os.

     

    Pourquoi faire sage-femme aujourd’hui ? Par masochisme ou naïveté.

    Sur ce, emmenez-moi vers l’échafaud.  


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  • De tout temps l’arrivée d’un enfant…. Naaaaan je déconne.

    L’arrivée d’un enfant dans une famille est forcément un événement marquant et chacune le vivra différemment. Pour certains c’est un acte réfléchi, le Pour, le Contre, le Bon Moment. Pour d’autres c’est arrivé et puis voilà. Ou bien ça s’imposait, comme une suite logique. Ou encore un espoir, une branche à quoi raccrocher le couple. Et puis, et puis…

    Certains couples où tout va mal se retrouvent quelques heures, quelques jours, parfois plus, dans la grossesse, l’accouchement et le début de la vie du nouvel être. A titre personnel, je n’ai quasi jamais vu mes parents heureux si ce n’est en photo avec un bébé à côté.

    Au niveau professionnel je me fais une joie d’être un peu là quelque part dans cette histoire familiale même si mon rôle n’est pas forcément marquant comparé à l’ensemble de la traversée. Je regrette alors de ne pas être à  100% pour tout le monde.

    En effet, beaucoup de couples seront très heureux de mon accompagnement en centre spécialisé dans le QuandToutVaMal. Les femmes auront leur péridurale (sauf bloc saturé), les conjoints leur fauteuil et puis je viendrai de temps en temps au gré de la centrale de surveillance ou de l’examen horaire. Beaucoup ne demandent pas plus, pas moins. Ils sont tranquilles dans cette salle, écoutent de la musique, et attendent. Et puis l’accouchement se passe. Souvent bien. Je m’arrange le plus possible pour n’avoir qu’à récupérer l’enfant en tendant les bras. Leur famille s’est agrandie.

    D’autres ne se retrouvent pas dans cette prise en charge et souhaiteraient être des acteurs au cœur de la tempête physiologique. Ils ne veulent pas forcément accueillir leur enfant dans l’odeur particulière des murs hospitaliers avec une vue imprenable sur un scialytique branlant. Et pourtant, ils ne sont ni pires, ni mieux que les premiers. Il y a des moyens d’accoucher autrement qu’en gros centre périnataux portés sur la pathologie (et très bons dans ce domaine). Il y a des moyens d’accoucher autrement qu’à l’hôpital tout en étant aussi safe en terme de santé publique, en triant. En triant, le bas risque et le haut risque. Alors oui, ça n’empêche pas les histoires de chasses, LA situation catastrophique qui fait qu’hors maternité équipée c’est le drame… mais… en santé publique on ne raisonne pas en histoires de chasses. Ce qui compte ce sont les chiffres, les chiffres globaux. Je suis alors déçue que l’offre périnatale française ne fasse la part belle qu’aux premiers couples. Vous savez, ceux qui m’adorent, moi, la méchante sage-femme cheftaine de la Centrale de Monitorage.

    Alors, petit à petit, ça bouge. On veut par exemple expérimenter les maisons de naissance en France… enfin… des espaces accolés aux maternités. Pas de « vraies » maisons de naissance comme elles peuvent exister à l’étranger et là, c’est le drame. Ca se bat sur ces folles femmes voulant accoucher comme au Moyen Age…. Et….. SANS MEDECIN ! Qui sont ces couples pour penser autrement ? Surement des gosses de riches partis élevés des chèvres dans le Larzac. Enfin bon, des « pas comme nous » dit-on d’un air un peu condescendant.
    La capacité de l’Homme à juger son prochain en basant son analyse sur un tas de fumier me laissera toujours pantoise. C’est se donner une importance démentielle. Et forcément ça, ça m’énerve.

    On pourrait alors squizzer le débat par la seule question : pourquoi Diable vouloir faire des gamins ?

    Lorsque j’étais moi-même enfant ça me paraissait inconcevable de ne pas en avoir. Puis, en grandissant je me suis dit que quand même, la Vie c’est plutôt pas mal une piece of shit puis en re-grandissant je me suis dit que pas totalement et qu’un enfant au milieu écroulerait mon équilibre fragile. Et puis je me conforte dans ça… d’autant plus que faire un marmot avec une fille c’est un peu tendu… enfin j’ai beau essayé à coup de rapports non protégés, ça ne marche pas ^_^’.

    Des fois je me demande comment ça serait si dans mon couple on voulait vraiment avoir un baybay. Adopter est long, difficile et cher. Adopter un enfant en bonne santé, un peu petit est quasi impossible. Et encore, je parle pour un couple hétérosexuel lambda.
    La Procréation Médicalement Assistée pour moi, c’est juste l’horreur. C’est sans doute une des pires choses qu’un couple puisse traverser et un certain nombre n’en ressortent pas vivants. C’est aussi médicaliser (forcément c’est dans l’appellation) à l’extrême quelque chose qui devrait être si simple. S’y prendre la tête pendant des cycles… Rajoutant à ça l’illégalité pour un couple homo en France, l’obligation d’aller à l’étranger, payer les trajets, la logistique, le boulot qu’on doit abandonner au pied levé… Un sacré parcours du combattant dans un parcours qu’il l’est déjà… (merci France).

    Vous pouvez me dire que je l’ai choisi mon couple hein… ouais…  et vous n’avez pas absolument tort… mais quand même, ce serait un poil abuser.

    Et puis il y a mon métier qui forcément doit biaiser ma relation avec la grossesse, les enfants et tout et tout. Quand plus d’une garde sur deux on se retrouve avec des bébés morts ou en voie de l’être, ou qui ne vivront jamais vraiment autour de soi. Quand on se prend des histoires familiales horribles dans la gueule encore et encore…. on est content de retrouver le confort de son petit couple libre, sans marmaille pour qui s’inquiéter.

    Cette question me tracasse un peu parce que je me dis que si par un miracle impossible je me retrouvais enceinte au sein de mon couple, je le garderai. De même si mon Docteur était un homme et qu’il voulait un enfant je pourrais éventuellement me laisser tenter…. Ou pas.  Et alors, je me dis que la conception ne devrait pas avoir autant d’incidence pour un truc qui ensuite durera des dizaines et des dizaines d’années. Et pourtant… En même temps, il n’y a évidemment pas que cela. Et pourtant…

    Je suis bien à deux.

    Et puis, l’offre périnatale française est de toute façon trop pourrie. (blague)

    Et puis, je serais obligée de ne pas laisser traîner les cadavres de bières.

     

    *Je décline toute responsabilité quant à ce titre


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  • Je suis plus proche des trente ans que des vingt et c’est moche. Pourtant, plein de gens me disent que c’est géniaaaaaal… bizarrement ils sont aussi plus vieux.

    Vieillir en soi, je ne pense pas que ce soit bien dérangeant. Mais vieillir con peut-être plus… et j’ai peur. Peur parce qu’avec le temps je suis peut-être moins patiente, plus dure, et moins émerveillée des miracles qu’offre ce triste monde tragique… ou disons moins choquée.

    Je prends les jours comme ils viennent, les patientes comme elles arrivent avec plus ou moins d’entrain et sûrement une certaine lassitude. Je ne vais pas vous refaire la complainte de l’hôpital, cette entreprise où la médecine devient secondaire. De la périnatalité française, cette uzinagaz désolante d’incompréhension et de « moi j’ai plus raison que vous, bande de nazes ». Non, je ne vais pas. J’aimerais tant gagner au loto plein d’euros, m’affranchir des nécessités alimentaires et vraiment faire un boulot qui me semble être au plus juste de ce qu’il devrait. Seulement pour ça, il faudrait jouer.

    Malgré tout, j’essaie de surnager. J’évite de tomber dans la facilité rapide, et me force à toujours réfléchir sur mes actes. Surtout au niveau professionnel. C’est essentiel. On peut se tromper,  raisonner faux… mais aller de bon cœur vers la stupidité grasse, non. On a le droit d’être idiot qu’en amour (et je ne dis pas ça parce que je le suis puissance mille… ^^).

    Je crois que je m’isole, depuis toujours. Je crois que je cherche à être seule mais en même temps entourée. Une vraie contradiction de fâââââââme. Dans la vie des fois, il y a des gens qui viennent vers moi souriants et qui ont l’air de sincèrement vouloir entamer  une conversation. Et là, ma seule envie est d’abréger. Je me demande ce qu’on me veut et pourquoi. Je trouve ça bizarre et me demande ce que je pourrais bien raconter à cet étrange étranger.
    Avec les patientes je me force beaucoup beaucoup à leur parler futilités. Comme si c’était un autre moi qui parlait et qui répétait ce qui est socialement admis de dire à ce moment précis. Je me dis que c’est professionnel. Avec le temps, est-ce que je le fais moins ? Peut-être. En tout cas dans la vie perso, j’ai moyen envie de faire cet effort.

     

    Pourtant, des gens intrigants et motivants ça existe et heureusement ! Le sont-ils plus que ceux qui m’ennuient ou est-ce simplement une idée que je me fais ?  Je n’ai pas vraiment de réponse. Je sais juste que je suis plus proche de la trentaine que de la vingtaine, mais ça, je vous l’ai déjà dit.

    Mon grand âge me force forcément à me remettre en question. Et si j’étais simplement débile ? Débile de rester chez moi alors qu’il y a des gens qui m’ont plusieurs fois dit qu’ils aimeraient bien boire un verre/s’faire un ciné/s’faire lécher en ma compagnie. Mais j’ai juste… pas envie. Et pourtant j’y suis allée aux soirées… j’y trouve souvent un petit goût amer, comme une impression de rien y avoir à foutre. Décidemment, les gens et moi, y’a un truc qui cloche.

    Et puis quelque fois, je me sens bien avec certains. J’ai vécu quelques instants sympa pendant mes études. J’ai dormi avec des filles ivre de vins et de paroles fracassantes au goût de « les autres ce sont quand mêmes de gros connards ». Là, j’étais bien. Avec la marge. La marge qui m’interroge et qui s’interroge vaguement. J’ai besoin que les gens aiguisent ma curiosité, me donnent envie et me sortent de ce que je connais déjà. Je n’ai peut-être tout simplement pas l’intérêt facile.

    Je pourrais dire que je suis bien comme ça, je le dis d’ailleurs et pour de vrai, je suis loin d’être malheureuse. Mais, ça me questionne. La vie est-ce se couper des autres pour en retirer que le meilleur ? Est-ce s’intégrer poliment et passer quelques moments à coups de mojitos et soirées Tupperware en parlant du voyage en Crête de Jean-Mi ? Est-ce un entre-deux ? Est-ce rien de tout cela et juste suivre son instinct d’animal égoïste ?

    J’approche de la trentaine, j’ai vraiment commencé à vivre à 18 et je me prends encore la tête comme à 15. Je crois que je n’aime juste pas la simplicité pourtant si reposante pour une dame âgée :)


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