• Samu Social

    Les étrangers. Ils arrivent en France, sans le sous, et on les héberge, on les nourrit sans contre partie. En face, il y a le français, blanc, pauvre et pour lui, que dalle.

    C'est un postulat qu'on entend en débutant une conversation dans tous les bons bars PMU qui se respectent. Ou en repas de famille. Ou en salle de pause. Ou... Ou... Et je ne vaux surement pas mieux. Je suis la première à pester devant les laveurs de pare-brise à l'oeil supplicant.

     

    Madame Focon de Neige et  sa famille ont récemment mis les pieds sur le sol français. Elle même, une fillette de 4-5 ans, une femme enceinte, un homme, et une grand-mère. Madame Focon de Neige vient d'accoucher. Pas d'Aide Médicale d'Etat de droit commun possible pour elle car elle vient de l'Union Européenne (donc en situation régulière) et ça ne fait pas trois mois qu'elle vit en France. Son séjour à l'hôpital est donc payant. La blague. Elle est contente d'avoir un toit pour la nuit. Et cerise pour le gâteau, un accompagnant majeur peut même rester avec elle. Elle choisit la femme enceinte. Avant, ils étaient logés en herbergement d'urgence par le 115. C'est l'hiver, il fait froid, il y a plus de places qu'à l'accoutumée mais parfois ça ne suffit pas.

    Vers 16h elle me demande le téléphone pour appeler et trouver un endroit où les autres pourront dormir. Elle fait le 115. Ne parlant pas vraiment français la conversation est difficile. Elle dit juste son nom de famille, apparemment les personnes à l'autre bout du fil connaissent la situation de cette famille. Elle comprend qu'elle doit rappeler à 19h, lorsque les lits seront débloqués.
    A 19h, je redonne le téléphone, elle ne comprend pas vraiment, je prends le relais. Pas de place pour ce soir, ils ne sont pas prioritaires... elle a une chambre à l'hôpital. Il faut rappeler demain.

    Demain à 16h je rappelle. Toutes les lignes sont occupées. Au bout d'un temps certains j'arrive à avoir quelqu'un. On me dit que je n'ai pas à appeler, qu'il faut que ce soit la personne concernée "Oui mais elle ne parle pas français" "Ah... Bon.". Ils me disent qu'ils connaissent la situation délicate de cette famille, qu'ils inscrivent le nom, qu'il faudra rappeler à 19h au cas où, mais que le nombre de places n'est pas en adéquation avec le nombre de demandes. A 19h je rappelle, mes collègues me disent que ce n'est pas à moi d'appeler. "Oui mais elle ne parle pas français."  "Ah... Bon". Pas de place, il faut retenter demain.

    Durant trois jours j'appellerais de nombreuses fois le 115. A 16h et à 19h. Et... ce n'est vraiment pas évident de les joindre du premier coup. A chaque fois ils n'auront pas de place.

    Alors, la famille s'organise. Tout le monde quitte la chambre au plus tard le soir, et arrive au plus tôt le matin. La grand-mère et la fillette squattent la salle d'attente des urgences gynécologiques la nuit. L'homme, on ne sait pas.

     

    Les équipes du 115 font surement tout ce qu'elles peuvent avec les moyens dont elles disposent.

    Mais... ceux qui pourraient être tentés de croire que les étrangers sans le sous sont de gros assistés vivant comme des rois, allez-y, appelez le 115 pour voir. Essayer d'avoir quelqu'un au bout du fil pou esperer peut-être avoir un lit de camp dans un gymnase parce que c'est l'hiver. C'est une expérience intéressante.


  • Commentaires

    1
    PMIssime
    Mercredi 3 Avril 2013 à 22:10
    Je ne peux que plussoyer, des bébés qui dorment dehors y en a ... Beaucoup...
    2
    Bilulette
    Jeudi 4 Avril 2013 à 00:08
    Merci pour ce message. Tout paraît relativement simple en théorie. Et puis il y a la vraie vie des vrais gens et de leurs gamins qui trinquent :0/
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