• En tant qu'étudiant, nous passons la plupart de nos stages et donc la plupart de notre temps au CHU. Nous avons cependant le grand bonheur de nous voir attribuer un espace rien qu'à nous, le vestiaire des esf. Toujours accessible (sauf quand les AS entreposent les chariots devant), c'est un peu le seul espace  (avec les toilettes) où nous sommes en totale sécurité.
    Il nous sert tantôt de lieu de recueillement, de confessional, d'oasis luxuriante au milieu du désert, et accessoirement d'endroit pour se changer. Quand dans le service on a tout fait et qu'on arrive plus à faire semblant d'être occupé, quand on a finit nos consultations/écho du matin et que ça reprend à 14h, le passage par le vestiaire est un élément salvateur de la journée, où l'on espère croiser un copain dansle même désarroi. Le vestiaire ne reste jamais seul bien longtemps.


    Alors bien sûr il y a des horaires plus chargés, le matin à huit heures par exemple. Les esf du bloc, des suites de couches, des grossesses pathologiques, des consultations se croisent, mais à tout moment il y a un esf qui arrive, un autre qui part, c'est beau.
    Moi j'y reste un certain temps. Je pars toujours le plus tard possible. Ben oui, ça sert à rien d'arriver trop tôt car la sage-femme ne sera ptete pas là, les patientes (si on consulte) seront forcément en retard (et débarqueront toutes en même temps), et pire, la sf qu'on relève pourrait nous demander de faire quelque chose qui nous ferait louper la dite relève (et après on est heureux). Il faut se la jouer stratégique.

    Du coup, quand je me retrouve à l'extérieur, dans un autre hôpital que le CHU, je me retrouve à partager le vestiaire (en général un coin près de nulle part, le plus original que j'ai eu étant dans l'office où on mange) avec les vraies sages-femmes. Pas de petites pauses possibles, pas de grands piiiiiiiiouf avant de commencer la journée et ça me manque. Pour moi le vestiaire fait parti intégrante de mon rituel de début et fin de journée, j'y met mon déguisement et c'est parti, je me met à jouer à l'apprentie sage-femme.


    Sinon rien à voir mais je vous laisse avec cette video rigolote des Beatles essayant tour à tour d'être vu par la caméra (surtout Ringo le pauvre, on dirait Averell)


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  • On dit souvent qu'une fois diplômés les (e)sf deviennent hargneux, voir dangereux avec leurs cadets. Spirale infernale de l'enfant battu? Oedème aigu des membres inférieurs sans protéinurie ou HTA associées? Ce questionnement mériterait un mémoire à lui tout seul.
    Personnellement je n'ai jamais pu vérifier cette triste constatation. En effet, je n'ai pas vraiment travaillé avec d'anciens esf que je connaissais plus qu'un salut dans les couloirs. Ca va finir par changer, vu que plus les promos se diplôment, plus je connais les heureux détenteurs du précieux bout de papier.
    Quoiqu"il en soit en vieillissant je regarde tous ces jeunes étudiants plein d'entrain. Les premières années qui de savent pas où se mettre, qui remplissent consciencieusement leurs objectifs de stage en croyant naïvement que quelqu'un s'en souciera. Les deuxièmes années qui touchent (enfin) à l'obstétrique et commencent à se rendre compte de certaines incohérences pédagogiques. Les troisièmes années, moi, même plus étonnés, jonglant avec le système pour tenter de survivre tout en travaillant à attraper une formation de qualité. les quatrièmes années....l'année cruciale où le transformation commence MUAHAHAHAH!

    A la base moi je suis gentille, mais si en plus je prends une certaine assurance et que je détiens un certain savoir, je me retrouve à gérer le petit esf perdu qui vient d'un autre service pour amener une patiente alors que la sf qui a bien d'autres choses à faire le rembarre gentillement. Je me retrouve également à "prendre" volontairement le professionnel le moins "évident", parce que je suis un peu plus armée que le bébé poilu qui vient de naître. Etre gentil c'pas sexy ma bonne dame. Néanmoins ça ne me dérange pas plus que ça tant que je ne passe pas mon temps à ne faire que ça.

    Alors en grandissant on change peut-être dans notre manière d'être, peut-être même qu'on ne s'en rend pas compte. Je n'ai d'ailleurs connu que des esf disant "une fois diplômé je serais gentil avec les étudiants". Et pourtant la faune hospitalière reste parsemée de "mauvaise pioche". Ca fait parti du miracle de l'être humain qui croit avoir la maitrise de soi et de son avenir.
    La blague.


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  • L'accouchement est le versant le plus médiatique du métier de sage-femme. C'est aussi celui où en on fait le moins. D'ailleurs à la question "kes' tu fais à l'accouchement?" j'adore répondre stoïquement: rien. C'est vrai quoi, ce sont les femmes qui accouchent, elles n'ont qu'à se débrouiller ;).

    Je pars du principe où si le bébé avance, qu'il va bien et la mère de même il n'y a pas intérêt à tripatouiller. Certaines sf sont adeptes du masse ton périnééééééée, franchement ça me dit trop rien de "masser" un tissu déjà entrain de s'étirer dangereusement et des fois ça craquouille plus qu'autre chose. Mon but suprême à un accouchement, ne rien faire que de retenir la tête et dégager les épaules. La fierté ultime de tout sage-femme au bloc obstétrical, le périnée intact (alors qu'on n'y est vraiment pas pour grand chose).

    Ainsi je suis parfois un monstre d'auto satisfaction pas tellement justifiée mais c'est pas grave ça fait du bien quand même. Je me souviens alors du premier gros gros bébé qu'on m'a laissé gérer toute seule. La maman avait déjà accouché d'un bébé de 3900g péri/épisio. Pour celui là, elle avait fait un diabète gestationnel, un bébé au dessus des courbes et n'avait pas de péri. Les gros bébés dus à un diabète ont plus de chances de faire une dystocie des épaules du fait de la répartition du tissu adipeux (ils sont gras du haut) et moi j'avais peur de ça. J'avais également peur que du fait de ce risque la sf me demande de faire une épisio. J'ai vraiment du mal avec ça et il faut me forcer pour que j'en fasse...d'ailleurs j'en ai fait deux et demi en une 40aine d'accouchements. Pire que j'aime pas faire, je ne sais pas faire. J'arrive plus à recoudre qu'à couper. Bref, là n'est pas la question.
    Donc, le travail se passe vite, très rapidement, ça poussssse. On s'installe. La tête arrive, je me dis que vu le bébé de presque 4kg qui est passé, la rapidité du travail, de la descente, le bassin devrait supporter le 4kg qui s'annonce. On voit de plus en plus de cheveux, je retiens doucement mais fermement comme au péril de ma vie (pas envie d'une brutale déflexion de la tête) et piouf, elle sort. Je restitue et lui met quand même le "menton sous la symphyse" pour aider à l'engagement de l'épaule. J'abaisse, je vais pour faire un Couderc (dégager le bras antérieur) mais comme je vois que les épaules viennent plus ou moins toute seules j'arrête. On me demande si je veux "un poing sus-pubien" (toujours pour aider au dégagement des épaules) mais comme elles viennent doucement mais surement je dis que ça va. L'épaule postérieur sort, vala, je peux poser le bébé de finalement 4400g sur sa maman. Puis surtout je suis trop fière d'avoir un périnée nickel, il n'a même pas les éraillures de m°°°° que je fais parfois sur les petites lèvres (alors que je fais gaffe à pas les toucher en plus!!) Je sais que ce n'est pas forcément ma faute mais tant pis, ça me rend quand même heureuse.

    Dans la profession de sage-femme, où le professionnel est censé être le garant de la physiologie la maxime primum non nocere est d'autant plus vraie. Et avant de se mêler de quelque chose qui se passe bien se demander si on ne nuit pas n'est pas idiot. Alors moi je n'ai aucun complexe à dire que je ne fous rien, aucun problème avec le fait de ne rien faire...et puis...ce n'est pas parce qu'on ne touche pas qu'on ne fait rien. Ainsi pendant une garde une sage-femme accouchera plusieurs fois, aura des abdo d'aciers et un périnée prolabé mais elle est payée pour ça.


    Découvrez Lynyrd Skynyrd!

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  • En tant qu'étudiants, nous sommes parfois évalués au lit du patient. Plus l'on grimpe dans les années, plus c'est...ch°°°. Au début j'étais stressée, et là je crois que je suis plus lassée qu'anxieuse, avec un gros piiiouuuuf, encooooooore.

    Au tout début, nos évaluations se rapprochaient plus des Mise en Situation Professionelle des étudiants infirmiers. Nous Choisisions une patiente dans le service, on préparait une présentation de dossier où l'on listait: informations civiles, antécédants familiaux, personnels (médicaux, chirurgicaux, obstétricaux), l'histoire de la grossesse, de l'accouchement, des suites de couches, de l'hsopitalisation, et ce qu'on allait faire durant le séjour, puis après. Nous étions notés sur ça puis sur le soin (prise de sang, examen de bébé, bain de bébé...), j'ai eu de la chance, à chaque fois je suis tombée sur des trucs que j'avais jamais fait ^^, une prise de sang doublée d'une injection intraveineuse, pose d'ecg (ben ui chui pas externe hihihi).

    En deuxième année c'était un peu plus médical, le jour de l'évaluation on nous désignait un patiente, on avait une trentaine de minutes avec le dossier, on allait faire l'examen clinique de la patiente puis on présentait le dossier en énnonçant un diagnostic, un pronostic et une conduite à tenir.

    En troisième et quatrième année, on nous choisi un patiente, on ne donne pas accès au dossier, et avec deux évaluateurs on va voir la madame. Selon le service (grossesses pathologiques, consultation, suites de couches...) on lui demande ce qu'elle fait là, on reconstitue rapidement un dossier, lui demande les résultats d'examens (si elle les connait) puis on l'examine. En tout on doit passer environ 30 minutes dans la chambre. Après on a droit à quelques minutes avec les évaluateurs pour leur poser des questions sur le dossier (du genre demander les résultats que la patiente n'aura pas pu dire). On a encore quelques minutes où on remet tout dans l'ordre avant de présenter tout ça. Le dossier plus notre examen devant encore et toujours découler sur un diagnostic (genre menace d'accouchement prématurée modérée), un pronostic (au niveau maternel, obstétrical et foetal), et une conduite à tenir (nombre d'examen, de monitoring, d'écho, organisation d'un suivi à domicile, bilan à prévoir...)

    Après on est très content que ce soit fini.

    D'ailleurs moi pour la présentation des dossiers j'ai trop d'la veine, j'ai pu m'entrainer plein de fois aux divers staff. Car oui, des fois les médecins (gynéco, pédiatres...) et leurs internes, et des sages-femmes se réunissent pour parler des dossiers, décider d'une conduite à tenir et croyez-le où non, à chaque fois que je m'assoie à un staff j'ai le chic pour qu'un gentil docteur à côté de moi (ou une sf) me dise "oh tiens, tu veux présenter un dossier?" Bien sur, trop envie de présenter un dossier! Areuhm. La présentation d'un dossier staffique est quelque peu différente de celle lors d'une évaluation, car il faut aller vite, à l'essentiel. On présente rapido la patiente (age de la grosse, nombre d'enfant, motif d'hospit), ce qu'on a fait, ce qui va pas. Ensuite on peut se rendormir sur sa chaise en écoutant attentivement toutes les choses intéressantes qui se disent.


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    Evaluation des pratiques


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  • Parfois je ressens une chose étrange au fond de moi, comme si je vivais dans un univers parallèle, comme s'il y avait une scène, des caméras et...Jacques Martin. Comme si je me retrouvais face à de petits être espiègles, naïfs ou pédants. Je regarde alors autour de moi et non, je suis bien entourée d'adultes responsables, dans une maternité.

    Avant de me faire lapider sur place publique non, je ne me moque pas, j'exteriorise une incompréhension légitime...et puis oui je rigole aussi paskeu merte, c'pas pasqu'on est en blanc (ou rose pour les moins chanceux d'entre nous) qu'on doit absolument rester stoïque ou gaga face au miracle de la vie.

    Donc voilà, parfois alors qu'on est entrain de travailler à chose sérieuse une sonnette retenti, sos maman en détresse! On abandonne donc illico presto ce qu'on était entrain de faire (de toute façon on arrive jamais à faire quelque chose sans avoir été interrompu au moins douze fois, c'est une sorte de règle à l'hôpital) et on part à la rencontre de certaines situations ubuesques, au choix:

    - le grand classique, la maman au fond de son lit, le gosse à trois kilomètres dans son berceau, et elle nous regarde en disant "mon bébé pleure". On a envie de lui répondre que oui, un bébé ça pleure, que c'est écrit sur la boite et qu'il n'y a pas de bouton stop télécommandé. On lui suggère alors de le prendre dans ses bras et bien sur elle répondra un hésitant "vous croyez?". Et autour de ça il y a toute la croyance du "je ne veux pas l'habituer". Bien sur, ton gosse il a été 9 mois plus proche de toi on peut pas et là tu le fous dans un lit, sous la clim avec la télé en fond sonore et tu t'étonnes que ça le choque. Quel adulte partirait en pays étranger sans savoir parler la langue, sans guide, sans dico, sans s'être renseigné, sans rien, pour ne pas s'habituer à trop se rattacher à son pays d'origine? Mais un nouveau-né, c'pas grave. Donc oui, elle peut le prendre dans ses bras, et non ça n'en fera pas un gros neuneu. Et je passe sur les théories de l'attachement que vous connaissez par coeur (primant).

    - Il y a aussi la maman qui sonne parce que...elle a froid près de l'épaule. Alors moi la première fois que je suis tombée sur ça je suis restée interloquée. Merte dis donc, elle a froid! Appelez la réa! Mais ce n'est pas tout, elle m'appelle pour froid à l'épaule et juste après rajoute "c'est sans doute parce que j'ai enlevé mon gilet". Ben ui écoute, fous toi quasiment à poil la fenêtre ouverte et ensuite appelle nous parce que t'as froid et qu'il te faut absolument un médoc anti gelure. Je n'ai rien contre les défilés de femmes nues qui ont froid mais c'pas sérieux quoi. Donc voilà, calmement je suggère de remettre un petit quelques choses sur les épaules fraiche, de mettre la couverture et de rappeler si le froid de l'épaule revenait.

    - Dans la catégories analogies rigolotes il y a un truc, my god, comment ai-je fais pour ne pas rire. A la question "avez-vous des contractions" une fois, une maman m'a répondu "oui de temps en temps, mon ventre se serre par là vous voyez, et ça fait comme une grosse paupiette de veau". Mais oui madame, vous attendez du veau ficelé, félicitations! Oui oui, comme dit plus haut, ne me lapidez pas. On rit mais on ne se moque pas. A ce cas pour le moins sympathique j'ai refais un petit topo sur ce qu'était une contraction et pourquoi elle pouvait la sentir plus à un endroit. Je n'ai cependant pas repris la comparaison avec une pièce de boucherie.


    Mais bon, moi aux femmes j'ai tendance à tout leur laisser passer, je leur trouve des excuses, puis les hormones toussa ça doit jouer sur la cognition (anh frappez moi). Alors oui je peste de devoir me taper tout le service même pas en rollers alors que j'ai des tonnes de paperasse parapluie anti-procès à faire parce que quelqu'un à moitié à poil a froid (pas d'hypothermie je précise) et n'a pas eu l'idée de se couvrir un peu plus. C'est encore plus terrible de consacrer plus de temps aux papiers, à l'ordinateur, au secrétariat, qu'aux patients...mais c'est un autre débat et je peste suffisament là dessus.

    Donc voilà, si un jour je supporte quelqu'un assez longtemps et réciproquement, si un jour je me fais avoir par le gros bisounours moelleux qui se cache sous mon cortex et que j'en viens à être enceinte, je verais bien ce qui passe par la tête des femmes enceintes. J'appellerai en doudoune, moufles et cagoule parce que j'ai chaud, j'appellerai pour demander une bouteille d'eau, puis quand le gentil étudiant reviendra, je lui demanderai de m'apporter un autre verre. Je saurai alors si elles le font exprès pour qu'on souffre autant qu'elles (ben oui elles en ont pris pour au moins 20 ans), ou si simplement elles sont ailleurs parce qu'au delà de télévision qu'il faut se dépêcher de demander avant que ça ferme, il y a un petit chouineur qui sait quand même bien y faire ;-).


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