• Procidence

    La procidence du cordon fait partie des quelques urgences vitales en obstétrique. Il s’agit de la chute du cordon ombilical en avant de la présentation fœtale à membranes rompues. Ce cordon peut alors se retrouver comprimé ce qui provoque une anoxie fœtale. L’extraction du fœtus en extrême urgence est alors indiquée.

    Dans ma pratique j’ai déjà eu quelques urgences urgentes. « Ma » procidence était presque la moins stressante. On ne vous demande qu’une chose, tenir. Les procidences des autres sont plus anxiogènes car il faut s’activer vite et bien.

    « Ma » procidence j’ai la chance de pouvoir en parler calmement. La poche des eaux s’était rompue et il commençait à y avoir des troubles du rythme cardiaque. Je vais pour examiner, le gynéco de garde était même avec moi. Le col se dilatait lentement, la tête fœtale était haute et dans un coin je sentais un petit truc mou qui battait vite.
    Le médecin voit que je m’attarde. Je me concentre pour sentir au mieux la cadence, non ce n’est pas une artère maternelle, ça pulse bien trop vite et puis c’est spongieux. Je dis alors qu’il y a un cordon. Il me regarde incrédule. Je lui répète. Il me répond alors qu’il part prévenir l’équipe et s’habiller. De là, tout s’enchaîne.

    Mon rôle est simple. Je ne dois plus bouger de la patiente et tenter de refouler au maximum la présentation fœtale afin qu’elle comprime le cordon le moins possible. Par chance la tête est assez élevée et si le cœur du bébé ralenti énormément durant les contractions, entre, il récupère bien. J’enfonce alors ma main et repousse de toutes mes forces. Dans le même instant j’explique alors à la patiente qu’on va devoir faire une césarienne très vite, qu’il va y avoir plein de monde mais que chacun a son rôle et qu’on débriefera mieux après.
    A côté de moi tout s’agite, une collègue sage-femme prépare le sondage urinaire, une aide-soignante balance de la Bétadine. J’essaie de gêner au moins possible la pose de la sonde vésicale. Le brancard arrive, j’y grimpe dessus avec la patiente. Je sens toujours le cordon. Ça va. Il n’y a que quelques mètres de couloir à faire jusqu’à la salle de césarienne, je me concentre pour ne pas tomber.

    Arrivées dans la salle les chirurgiens sont déjà habillés et terminent de préparer leurs instruments. Je dois passer du brancard à la table de césarienne. Ma main commence sérieusement à s’engourdir, je lance alors que le foetus n’est pas bradycarde, bientôt je ne pourrai plus rien sentir. On met les champs. J’ai l’impression de ne plus exister sous ces champs opératoires. J’entends les chirurgiens se placer, prendre appui. L’anesthésiste balance un « C’est bon ». Le chef guide alors l’interne sur l’incision. Moi je ressens des décharges électriques dans toute la main. La compression certainement… mais je m’imagine déjà brûlée par le bistouri électrique. Ça bouge, ça tangue, puis je sens la main de l’interne contre la mienne. Elle vient chercher le bébé. Un soulagement merveilleux. Il nait, il crie. Je me roule hors de la table d’opération. Je crois qu’on me remercie.

    Je regarde autour de moi. C’est une césarienne normale, durant une garde normale. Une collègue compte les compresses.

    Je m’en vais. J’ai mal au bras. Je m’accorde cinq minutes pour boire un verre en cherchant une collègue disponible. Cinq minutes juste, parce qu’avec cette histoire je suis en retard pour la prise en charge de mes autres patientes et le partogramme n’attend pas.


  • Commentaires

    1
    Krakramille
    Samedi 23 Août 2014 à 19:07

    c'est classe quand même, tu as serré la pince à l'interne à travers un col d'utérus et ça, peu de gens peuvent affirmer en avoir déjà fait autant.

    2
    Samedi 23 Août 2014 à 19:23

    Anéfé !

    3
    elly10
    Dimanche 24 Août 2014 à 13:48
    J'ai déjà serré la main du médecin à travers un col (en refoulant un tête engagée pour une césar à complète). Ça fait comme quand on faisait des tunnels dans le sable quand on était petit!

    Jamais vu ou eu de procidence. Ni d'HRP d'ailleurs, que j'apprende bien plus. Le benckiser c'est fait par contre :(
    4
    Frederique
    Dimanche 31 Août 2014 à 20:46

    Cela va faire 10 ans que je revis "ma" procidence à moi, le jour anniversaire de mon petit 4ème...et je revois exactement ce que vous décrivez : la sage femme, calme, me demandant d'appeler avec l'alarme, disant simplement à sa collègue "tu préviens le Dr X. c'est une procidence du cordon" et à partir de là, ne bougeant pas d'un pouce, entre mes jambes, refoulant la tête, grimpant sur le brancard, l'agitation, la course dans les couloirs, le médecin qu'on habille alors qu'il court, l'anesthésiste lançant "c'est bon" et la réponse du médecin "de toute façon j'y vais" qui me fait encore frémir...J'avais tellement idéalisé cet accouchement à venir, un petit dernier, à 38 ans et tout est tellement allé à contre-sens...Mais merci à vous et à celle, restée anonyme, qui ce jour là a sauvé mon (petit) grand bonhomme !


    Et merci de vos billets...

    5
    Suz
    Mercredi 10 Septembre 2014 à 16:44

    Je suis du métier, infirmière, et super impressionnant comment à te lire on vit vraiment la situation! J'imagine bien le stress que tu as pu vivre!


    Merci pour le témoignage en tout cas...!


     


    Bonne continuation!

    6
    Jeudi 8 Octobre 2015 à 14:55

    merci pour nous partager ce que parfois on ne peut pas le dévoiler .......j imagine bien la force que tu as.....bonne journée!!!!!

    7
    Jeudi 8 Octobre 2015 à 14:59

    c est précieux de partager un tel souvenir qui nous offre l opportunité de vivre cette histoire......que de meilleur!!!!!!!!!

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