• L'infirmière chante le blouuuuuuuuse

    Comme vous le savez, je suis hyper fière quand on se ballade, moi et ma blouse, dans les couloirs des hôpitaux (plus ils sont grands, mieux c’est, ça donne bizarrement l’impression d’être plus intelligente quand on se promène en blanc dans un super CHU).

    Pis un jour que je cogitais (j’avais rien d’autre à faire, yavait pas de Voici ni de Closer dans le service), je me suis demandé ce que la blouse représentait pour moi, et pour les autres. Voui j’aime les questions métaphysiques.

     

    Qu’est ce qui fait qu’avec la blouse, je me sens le droit de faire des soins comme la toilette, pose de sonde, ou même entretiens infirmiers, alors que sans elle je ne pourrais pas le faire (en dehors de l’aspect hygiène j’entends) ?

    Je me suis déjà retrouvée en face des patients sans blouse, et je ne me sentais plus légitime, je n’étais plus mon MOI professionnel, mais mon MOI privé (oula qu’est-ce qu’elle nous raconte l’autre ?). Et j’ai eu du mal au début.

    Bref j’ai fait quelques petites recherches là-dessus, et je suis tombée sur toute une symbolique que je n’attendais pas aussi vaste. Mais je la trouve passionnante alors je vous fais un peu partager…

     

    D’abord, la blouse représente l’expression des connaissances du soignant, de son activité, son pouvoir, et l’image de l’hôpital. Elle sert de cadre de référence à l’IDE et de repère au malade. Elle permet de différencier chaque catégorie de professionnels.

     

    Ensuite elle met en lumière la position de domination du soignant en représentant l’institution, la thérapeutique. Le patient devient ainsi un objet passif de soin (le soignant sait, le patient doit se laisser faire).

    Elle représente la technicité, les soins, qui peuvent être potentiellement douloureux, et peut donc susciter des réactions négatives de la part du patient (peur, refus).

    Elle peut aussi mettre en confiance et rassurer : le patient idéalise le soignant et lui témoigne un respect inconditionnel.

     

    Les soignants sont également protégés par leur blouse.

     « Prendre soin des malades nous renvoie à notre propre fragilité ».

    La blouse sert d’interface entre le soignant et le soigné. Elle montre à l’autre ce que nous voulons lui montrer et ce que nous voulons être devant lui. C’est un système de protection de notre individualité et un support de l’illusion. Elle empêche l’intrusion et les agressions de l’autre en nous mettant à distance.

    La blouse est ainsi une barrière protectrice du psychisme, elle ne laisse pas échapper les émotions, les angoisses, et nous laisse apparaître sereins. Pour ne pas devenir visibles de peur de perdre toute crédibilité.

     

    Blouse qui instaure une distance : elle protège d’une trop grande proximité psychique avec le patient et rappelle au soignant sa fonction de soignant, ce qui permet de maintenir une distance thérapeutique et protège le soignant d’un envahissement physique et psychique qui pourrait être débordant. La blouse cache l’intimité, met une distance pour éviter la familiarité, une relation trop intrusive.

     

    Blouse faisant fonction de masque : elle reflète un changement d’état, rassure le soignant, lui donne une certaine autorité sur le soigné, peut lui permettre de jouer un rôle, de cacher son insuffisance et de tromper (ce qui est d’ailleurs très utilisé par les étudiants infirmiers, qui n’ont aucune expérience au début mais se situent déjà en tant que soignants, ils faut bien qu’ils fassent illusion…).

    La blouse masque, déforme, transforme.

     

    Et ce que je trouve le plus intéressant :

    La tenue reflète le changement d’un état, le passage d’un MOI à un SOI, d’un ETRE à un PARAITRE.

    Quand on met la blouse, on n’est plus soi, mais un professionnel. On change d’apparence, d’être, on n’est plus le même que dans la vie privée.

     

    Je trouve tout ça intéressant à méditer…

    Je vois maintenant dans ma blouse autre chose qu’une fringue super sexy avec laquelle je peux frimer faire mon travail.

    C’était la minute philo du jour, mille excuses pour ça !

     


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  • Commentaires

    1
    Knackie Profil de Knackie
    Mercredi 18 Mars 2009 à 18:35
    J'espère quand même que tu continueras à mettre ta blouse tard le soir dans un contexte extra-professionnel, pour jouer à l'infirmière sexy
    Moi je me sens un peu nue sans mon pyjama, lorsque j'étais en stage en libéral outre le fait de réfléchir à comment s'habiller, ça me manquait un peu.
    2
    Lyorana
    Samedi 21 Mars 2009 à 04:34
    Les filles, vous produisez trop, pas le temps de commenter :D Alors, dans le désordre, tout ce que je voulais répondre aux, quoi, 4 derniers messages, mais en bref :

    J'ai bien apprécié ce dernier article, un délire comme je les aime. La dimension philosophique de la blouse, cooool ! Ce que j'aimerais avoir un uniforme... un jour peut-être ;)

    On ne peut pas vraiment comparer la situation des sages-femmes en France et au Québec (% d'accouchements normaux faits par les sages-femmes au Québec ? euh... n'en parlons même pas :D bien évidemment pire qu'en France). En tout cas, moi j'aimerais bien travailler dans un contexte où on offre aussi des soins aux femmes hors de la grossesse. C'est possible dans certaines parties du Canada, mais pas chez moi je pense. C'est dommage. Mais bon, reste que le plus intéressant c'est la grossesse et l'accouchement bien sûr, donc aucun regret !

    J'appréhende déjà un peu les habiletés cliniques... le jour où on me dira "elle l'est ou pas, à dilatation complète?", oh là là, le coup de stress. Mais le sentiment de fierté et d'accomplissement une fois qu'on se sent capable de tenir tête (façon de parler, poliment bien sûr) à la sage-femme et d'avoir raison, ça doit être vraiment satisfaisant. Déjà que je ne comprends pas DU TOUT comment on fait ça, un TV   Ni si je serai capable d'en faire avec mes tites mains. Alors quand je réussirai je mesurerai vraiment tout le chemin parcouru !

    Produisez la fin de semaine, j'ai plus de temps pour lire et commenter ;)
    3
    Knackie Profil de Knackie
    Samedi 21 Mars 2009 à 11:27
    Mdr!
    Pour les TV c'est difficile d'avoir des mains plus petites que moi et pourtant on y arrive... Entraine toi sur tes amies (j'déconne bien sur, mais une fois une prof a sérieusement soumis l'idée que nous nous palpions les seins...la drogue c'est vraiment mal).
    4
    naruta17
    Samedi 21 Mars 2009 à 15:33
    loooool le coup de TV entre amies
    lyo arrête de paniquer ça va bien se passer!
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