• Entre Bzz et acouphène

    Il n'est un mystère pour personne que j'adore l'hôpital: ces longs couloirs saturés de lumière artificielle, ces sols en plastique qui font pouic pouic, et surtout, son brouhaha incessant.

    C'est drôle, à voir la fiche de poste de la sage-femme hospitalière lambda, on pourrait croire que son rôle est de prendre en charge le suivi médical des patientes hospitalisées...mais il n'en est rien. En réalité, la sage-femme doit s'assurer que personne ne meurt tout en satisfaisant la multitude d'intervenants rencontrés au cours de son admirable mission.
    Nous avons ainsi la personne qui cherche la chambre 203, l'agent de bionettoyage qui voudrait passer dans le couloir étroit, le monsieur qui cherche une femme dont le prénom est Marie ou Maria ou Mozambique et qui aurait accouché aujourd'hui... ou pas, l'interne de bactério au téléphone qui aimerait savoir si Matis avec son Strepto B qui pousse dans l'oreille est hospitalisé dans ce service, la secrétaire de chépakoi qui aimerait connaître le numéro de chépaki, l'Etat Civil qui appelle parce que Monsieur Comprenpo, ne sait pas quel nom donner à son enfant alors qu'on lui a déjà expliqué les modalités de la déclaration de naissance... liste bien sûr non exhaustive.

    Alors, au fur et à mesure de temps, je teste des moyens de défense anti-perturbation qui, je dois l'admettre, ont toujours du mal à être efficaces. Le basique, lorsqu'on est dans une chambre, mettre la présence (la petite lumière qui s'allume à l'extérieur). On espère naïvement que ça va calmer les ardeurs de certains, mais que nenni, la présence est aussi l'arme du diable. On SAIT où te TROUVER. Ainsi, ça ne gêne absolument les gens qui entrent un 1/10 de seconde après avoir frappé pour ramasser le plateau repas alors que tu es entrain de faire un Toucher Vaginal ; mais ça permet à l'agent d'accueil de savoir où te déranger pour te soumettre un nouveau problème téléphonique.

    Le téléphone, parlons-en, véritable instrument de Satan sonnant toutes les trois minutes. Je suis parfois sans pitié avec lui, des fois, je ne réponds pas, voire je le coupe. J'ai alors le coup de fil quelques minutes plus tard avec mon correspondant presque choqué qui me dit "j'ai essayé de vous joindre..." auquel je réponds "Oui, j'étais entrain de perfuser un nouveau-né/dans une chambre/entrain de faire un TV (tjrs bonne excuse) et ça calme. Il peut y avoir une urgence me direz-vous ? Certes, mais le numéro de mon correspondant s'affiche et le secrétariat du Dr Chose, non ce n'est pas urgent, et puis il y a d'autres téléphones dans le service et puis on a déjà téléphoné au service voisin pour venir me chercher car mon téléphone sonnait dans le vide (et pour cause, je peux pas répondre pendant que je pose une voie veineuse) et bien sûr, ce n'était pas urgent.

    Et puis, il y a le monde, tout le temps, toujours, aux horaires du bureau. Ca en est à un point où je n'ai même plus de chaise et même plus un cm² de coin de bureau pour pouvoir étudier un dossier. Je n'en suis pas très fière mais lorsque j'ai un étudiant avec moi je lui dit parfois de ne pas quitter l'ordinateur, de le GARDER, au péril de sa vie... pendant que je vais faire je ne sais quel truc alacon, pour qu'on puisse ensemble récupérer les bilans, mettre à jour la relève, informatiser les dossiers... bref, faire les choses PC-dépendantes, parce que sinon on va venir me le piquer pour imprimer le prix des locations des chalets pour Noël.

    Lorsqu'une patiente entre dans le service il faut que je morde pour avoir la place d'étudier les dossiers...et parfois, de guerre lasse, je le regarde vite fait, je vais voir la patiente et j'attends 17h dans un placard, en me balançant d'avant en arrière, que le gros des gens s'en aille. Je pourrais ainsi travailler calmement.

    Parfois je rêve qu'on m'oublie. Non je ne suis pas la sage-femme (comprendre Madame à Tout Faire) du service. Je suis transparente. Oh non non, je m'en fous que Madame Tetcruse a oublié son chargeur de portable en quittant sa chambre et qu'il faut maintenant que je trouve son téléphone que j'appelle pour tomber sur son répondeur et lui dire que PUTAIN UN CHARGEUR CA SE LAISSE PAS SUR LA PRISE. 5 ans d'études, et ce sont ce genres de choses qui dans une journée me prennent le plus de temps. La contraception de Madame Chépakoifaire, on verra plus tard, là il y a un truc urgentissime à régler, la famille de Madame ????? cherche son numéro de chambre (il y a pourtant un accueil à l'entrée hein, mais en montant au premier étage ils ont oublié le numéro).


  • Commentaires

    1
    sfelly
    Samedi 17 Décembre 2011 à 18:09

    c'est tellement vrai! Vive les nuits sans visites sans secrétaires sans commande de pharmacie a la con! 

     

    2
    Samedi 17 Décembre 2011 à 19:48

    C'est les petits plaisirs de l'hôpital, être dérangée sans cesse pour des choses qui ne concernent absolument pas les soins.

    Je trouve que les gens deviennent de plus en plus exigeants. Il faut leur répondre là, maintenant, tout de suite, comme si on les attendait et qu'on n'avait rien d'autre à faire qu'être à leur disposition. Ca finit par demander une sacrée gymnastique neuronale d'être sans cesse coupée dans nos actions. Personnellement, c'est incroyable, le nombre de choses importantes que j'ai totalement oubliées, parce que le téléphone sonne, il faudrait signer ici et la prescription, il faudrait la recopier...

    J'ai été dans un service où le grand mystère était que même en étant au 4° étage, des gens venaient comme s'ils se croyaient à l'accueil.

    "On cherche une Madame Y, on ne sait pas où elle est, mais elle a un problème au coeur. Elle n'est pas ici ?."...

    "Ici, c'est la rhumato. Essayez peut-être la cardiologie."

    "Et c'est où ?"

    "Au premier."

    Et ils râlaient parce qu'il fallait tout redescendre. Presque drôle.

    Bon courage !

    3
    llythie
    Samedi 17 Décembre 2011 à 23:13

    Tiens, on dirait le genre de choses que j'écrivais....fais gaffe tu vas finie dans femme actuelle :p

    4
    Dimanche 18 Décembre 2011 à 09:49

    Ca fait longtemps que je n'exerce plus en hopital mais ton billet fait ressurgir des souvenirs enfouis... (sauf que ya avait pas de queue devant les PC vu que y'avait pas de PC.. mais fallait faire la queue devant le bureau pour trouver la place de remplir nos dossiers... en poussant le plateau repas de la copine qui mange à 17h parce que pas le temps avant, le café de l'équipe de l'étage qui fait sa pause, les dossiers des copines qui ont étalés les partos bien ouverts pour tenter de s'y retrouver...)  En quelques lignes, tu résumes parfaitement cette insidieuse pression qui fait qu'une garde "normalement" chargée se transforme en mission impossible... A transmettre aux directeurs des hopitaux...

    5
    Infirmière
    Mercredi 28 Décembre 2011 à 21:59

    Ce billet me faire rire ! ;) C'est tellement vrai...
    Combien de fois je suis coupée dans ce que je fais... Entre les sonnettes, les alarmes, le téléphones, les médecins... Je n'arrive jamais à manger sans être interrompue, idem pendant les soins...
    Je travaille en réanimation néonatale. C'est écrit en gros sur les portes d'entrée, il y a un code, des panneaux énormes d'information, un sas d'entrée, etc...

    Ben combien de fois des gens qui n'ont rien à y faire, rentrent en meme temps que des parents ??


    Hier encore, un papy qui cherchait son voisin qui vient d'être opéré du coeur... "On m'a dit qu'il était là..." "Ici, c'est la réanimation néonatale monsieur, il n'y a que des bébés, c'est écrit sur la porte"... "mais on m'a dit qu'l était au 1° étage" "Ici c'est l'hopital des enfants... " "mais il faut aller où ??" "Redescendez au RDC et allez au bureau des admissions monsieur"... "mais vous ne pouvez pas m'accompagner ?" "je suis occupée monsieur !"


     Zen, soyons zen...

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    6
    Vendredi 30 Décembre 2011 à 20:42

    Promis, je fais suivre ton billet avant de partir accoucher!!!!

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