• Des fois on n'est pas bon

    La trentaine, c'est sa deuxième grossesse, la première s'étant soldée par une fausse couche. Elle est hospitalisée car elle a rompu la poche des eaux trop tôt.. trop tôt même pour espérer un enfant vivant s'il devait naître maintenant. Au cours de la nuit elle m'appelle pour des sensations bizarre... contractions ? C'est fort possible.Au toucher vaginal le col est déjà bien dilaté. Au dessus de mes doigts je sens le foetus qui descend... Je ne saurais dire ce que je touche. Une épaule ? Je déteste cette sensation.

    Je me retrouve alors à annoncer la nouvelle à cette femme qui espérait tant que non, ce n'était pas *encore* ça. Et pourtant. Je ne sais pas trop quoi dire alors je reste basique. Quelque chose comme "le col s'ouvre avec les contractions et on ne pourra pas empêcher l'accouchement. Malheureusement on est encore tôt dans la grossesse et on ne pourra pas prendre en charge le bébé". Je reste un peu avec elle mais le temps presse aussi. Je dois prévenir le médecin de garde qui passera la voir, et l'équipe de bloc d'accouchement qui la recevra.

    J'ai continué à voir cette patiente après son accouchement... et il faut dire qu'après je n'ai jamais vraiment bien réussi à parler avec elle. Je ne sais pas trop pourquoi. Elle ne s'est pas répandue en larmes dans mes bras en criant "pourquooooooooooooooi ?!!", là j'aurais pu *peut-être* faire quelque chose. Elle n'était pas mutique non plus. Je crois que je me sentais mal à l'aise, voire coupable (alors que je n'y suis pour rien).Je n'ai fait que dire que j'étais là et qu'elle pouvait m'appeler... sauf que lorsque je dis ça pas grand monde m'appelle justement. Ca doit en rassurer certains de savoir que si on veut on peut mais quand même.

    Alors, des fois on n'est pas bon et on le sait. On a beau avoir de la bonne volonté ça ne suffit pas toujours. J'espère que ça s'améliore avec le temps. Enfin... je m'habitue difficilement aux escroqueries de la vie.

     

    (pardon pour l'extrême gaieté de ce blog ^^)
    (en même temps je ne suis pas gay)


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  • Commentaires

    1
    Jeudi 3 Mars 2011 à 21:48

    Au risque de dire n'importe quoi sur une situation que je ne connais pas...

    N'est ce pas juste une question de temps ? je ne pense pas aux années qui donneraient la capacité de... mais juste au temps qu'il faut pour rester dans une chambre, ne rien dire, être là... le temps nécessaire pour que l'émotion puisse s'exprimer, pour ne pas chercher à rassurer, à consoler, juste à accueillir la peine de l'autre
    L'exercice  libéral nous offre ce grand luxe (bénévole...) de disposer de tout notre temps  pour écouter une femme ou un couple. Les choses essentielles ne viennent quasi jamais dans le premier quart d'heure, rarement dans la première demi heure.. souvent après... En maternité, je crains fort que ce luxe là ne soit pas souvent possible.

     

    2
    Knackie Profil de Knackie
    Jeudi 3 Mars 2011 à 21:55

    J'avais le temps... c'était la nuit, je pouvais commencer à faire les dossiers à 2h du matin au lieu de minuit hein. Je me vois mal rester un quart d'heure dans une chambre à rien dire, je trouve ça intrusif mais c'est personnel. Alors je préfère dire que je suis là et me barrer (et y'en a qui me rappellent quand elles veulent). Ensuite on le voit bien lorsqu'on passe dans une chambre si la patiente jette un appel à la discussion ou pas.

    Cette patiente je l'ai revu plusieurs fois et je pense qu'il y avait moyen de faire quelque chose. Je ne pense pas qu'elle ai été mal prise en charge mais voilà.

    3
    Jeudi 3 Mars 2011 à 22:00

    J'ai pas dit tu t'installes hein... et peut être que la nuit n'est pas le moment idéal.. mais je crois vraiment vraiment que la disponibilité dont nous pouvons faire preuve ou pas change beaucoup de choses.

    Après la différence entre maternité et libéral, c'est que les gens viennent nous voir.. aucun risque de sentir intrusive , du moins par notre seule présence ! Du coup, je réalise que c'est plus "facile".

    4
    Vendredi 4 Mars 2011 à 18:04

    tu sais, des fois, rester là sans rien dire, c'est justement ce dont nos patientes ont besoin...

    5
    yann frat
    Mardi 8 Mars 2011 à 10:56

    En même temps plus le temps passe plus je me rends compte que dans les situations extremes comme ça, le mieux est trés souvent de ne "rien" faire... Juste montrer qu'on est là et qu'au delà du pro on comprend/on partage le desaroi de la personne.

    Bien souvent dans ces situations les mots sont creux et ne servent à rien...

    Mais bon pour les soingnants souvent ne "rien" faire est le plus dur ;)

    a+

     

    yann

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    6
    titinesf
    Jeudi 10 Mars 2011 à 07:53

    ut dire que seul l'expérience permet de trouver la juste mesure dans chaque cas si différente. Je propose de repasser un peu plus tard pour proposer un petit thé. Ou venir demander si il y a pas trop de douleurs abdominales... en fait en passant apr le corps on parviendra à laissser s'exprimer une plainte qui pourra après se décliner autrement. A l'hôpital ausi on peut prendre le temps de cette présence si utile à l'avenir, car le trauma de ce type d'incident se répercute sur toutes les grossesses suivantes.

    Ce qui manque beaucoup dans nos formations sages femmes se sont des anlyses de pratiques, des conversations autour des siutations de souffrance psychique. Autant pour le dépistage à l'entretine prénatal précoce que pour l'accompagnment en post natal. Dommage mais nous débutons souvent très démunis face  audeuil, à la perte, à la question du TRAUMA qui est vu dans son caractère de réalité, plus que dans son retentissement psychique.

    lire grosmitflash sur la rencontre avec la mort m'a aussi beaucoup touché, un réel impensable pour notre profession, alors que très vite les pratiques cliniques nous y confronte douloureusement !

    Martiine SF au Havre

    7
    finefleur
    Dimanche 13 Mars 2011 à 10:07

    J'ai vécu la même histoire que cette patiente il y a 15 ans. Je ne sais plus comment j'ai appris la situation mais d'être accompagnée par des professionnels qui ne se mettent pas à pleurer cela aide beaucoup. J'avais ma mère qui était dans l'émotionnel ainsi que mon mari auxquels il fallait que je leur remonte le moral et mes relations avec les soignants qui étaient dans l'explication des faits m'ont permis de repartir dans la vie.


    J'aime bien ne pas être trop maternée et je revendique le droit d'être dans la souffrance seule, pourvoir pleurer seule et ne pas toujours être dans la performance. Votre idée de partir et de rester à la dispositon de la patiente c'est très bien, elle aura envie de discuter plus dans une heure ou dans 5, à chacun son rythme.


    Pour expliquer la chose à mon fils qui avait 4 ans, je l'avais mis devant des pieds de tomates qui poussaient dans le jardin en lui montrant que certains fruits se développaient bien et que d'autres s'arrêtaient et tombaient. La nature est cruelle, c'est pour cela qu'il faut croquer la vie à pleine dents.

    8
    Mardi 26 Avril 2011 à 21:08

    Le genre de situation où on se dit "mais c'est ça que j'aurais du dire" deux semaine après :( c'est pas marrant comme histoire, je valide

    9
    Colombobine
    Mardi 3 Mai 2011 à 21:08

    Moi qui me disait après mon accouchement, que sage femme c'est un métier qui m'aurait bien plu, d'aider les femmes à donner la vie, j'ai tellement bien vécu le mien...

    Mais de lire ça, je me rends compte que les journées d'une sage femme ne sont pas toujours roses, et que les larmes des mamans ne sont pas toujours des larmes de joie...

    10
    bbjujus
    Mercredi 4 Mai 2011 à 11:05

    pour avoir vécu la perte de mes jumeaux à 4 mois et demi de grossesse tu ne pouvais pas faire plus c'est dur c'est comme ça...

    11
    higrec
    Mercredi 4 Mai 2011 à 14:28

    J'ai subi une IMG à 5 mois. Rien de drole. Pourtant, en partant, j'ai pris le temps d'aller remercier toutes les infirmières qui s'étaient occupées de moi. Parce que même si elles n'avaient pas eu le temps de s'attarder, de m'aider à sortir ce chagrin qui de toute façon ne pouvait pas encore être évacué, le simple fait de "sentir" que je n'étais pas une simple patiente comme les autres, que la journée n'avait pas été sympa pour elles aussi et que, si besoin, je pouvais appeler, cela m'avait fait énormément de bien. Aujourd'hui, dix ans plus tard, je ne me souviens plus de leur visage, mais je garde cette reconnaissance en moi.

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