• De la violence des études médicales

    Je pense que ceux qui l’ont vécu n’iront pas me contredire, les études médicales et plus largement de santé, ce n’est pas tout ce qu’il y a de plus Kawaï. Pourtant, de l’extérieur, les métiers sont beaux, nobles, le médecin sur son beau destrier vient soigner les gens d’une mort certaine avec le sourire, cent balles et un Mars. L’infirmière a les yeux brillants de sollicitude lorsqu’elle écoute son dépendant se plaindre qu’avant il était encore un peu humain. Et la sage-femme… non personne ne sait qui c’est, peut-être une fille vaguement rose et sûrement très gentille.

    En vrai, ça commence par un concours où peu survivent. Et je ne vais pas me lancer sur un débat sur le concours PAES. Moi j’ai *plutôt* aimé mes P1, je trouvais les gens gentils. Je ne vais pas parler des concours paramédicaux, je ne les connais que très peu. Bref, après cette âpre phase de sélection on pourrait penser que ça y est, on va pouvoir apprendre notre futur métier dans la joie, l’allégresse et le respect du patient. Mais il n’en est rien.

    Alors bon, je suis sage-femme, forcément je vais me concentrer plus sur ces études que je connais relativement bien, mais je pense que ça pourrait être largement superposable aux autres petits amis des hôpitaux.

    C’est un fait, à l’hôpital on croise plein de personnes hostiles qui ont dans leurs prérogatives, nous former. Ambiance. Pourquoi tant de haine ? Raisonnement basique, la santé c’est violent alors on ne prend pas de gant, encore moins avec ses (futurs) collègues. Ainsi, lorsqu’à 20 ans on se retrouve coincée avec un vieux monsieur agonisant dans ses glaires, une femme désespérée et son fœtus macéré ou encore un adolescent comme nous avec son Hépatite C et son VIH , ben mon vieux, il faut bien se forger parce que c’est en forgeant hein. L’Hôpital, cette grande Forge.

    Bref, forcément, devant les cas glauquissimes, l’étudiant et ses questions existentielles sur « ah bon ? Je dois téléphoner à un hôpital qui n’existe plus pour récupérer le Compte Rendu en chinois de la césarienne de madame X datant de 1983, mais je sais pas mooooooooooooi. » On s’en fout, il se débrouille, ça lui fera les pieds, je me débrouille MOI grand professionnel, quand je sauve des vies et que je (me) cache des morts. L’étudiant comme cadet des soucis, l’étudiant sur qui on peut se défouler, se décharger et sauter dessus à pieds joints.

    Il arrive donc en stage les étoiles dans les yeux mais point de comité d’accueil. Chacun a déjà ses propres problèmes alors hein…

    Et puis, si on y réfléchit, est-ce que ça se passerait mieux si on prenait l’étudiant par la main pour lui expliquer la vie ? La mort ? Le handicap ? On a déjà plein de jolis cours sur ça. Je ne sais pas pour les autres, mais pour moi ça manquait de réalisme et de clefs pratiques. Sûrement parce qu’il n’en existe pas et que chacun fait à sa sauce… enfin c’est ce que j’ai retenu de mes études. On fait au mieux avec nos moyens. Faut juste ne pas être con et buté, ce qui en soit n’est déjà pas gagné.

    Alors moi avec les étudiants, comme malgré tout je suis très gentille, je réponds à leur question de manière, je l’espère, complète. Mais effectivement, selon leur précédents acquis, je ne les accompagne pas partout car au final, seul au lit du patient, on apprend énormément de choses et on se rend vraiment compte de nos faiblesses… ou de nos réussites. Il y a manière de faire. On peut très bien envoyer l’étudiant faire X tâches en lui faisant comprendre qu’il a intérêt d’assurer et partir boire le café, voir râler parce qu’il n’a pas fait exactement comme on l’aurait fait. Ou l’envoyer et lui dire qu’on reste disponible au cas où. Ou l’accompagner et faire comme si on n’était pas là… mais là c’est moi qui ai du mal.

    Quoiqu’il en soit, l’étudiant se blinde. Il commence alors sa phase de cache-cache avec le professionnel, essaie de gruger, des minutes, des jours, des « missions » parce les grands c’est tous des connards. Puis le cercle vicieux, ils deviennent des adultes revanchards, se disent qu’à eux on ne leur a pas fait de cadeaux alors à quoi bon ? De la violence des études médicales, c’est certes d’abord le métier qui est violent mais une partie de son stress est certainement auto-entretenu par la peur, les rancœurs, le pouvoir et toutes les choses humainement détestables. Je ne changerai pas les gens. De toute façon je n’aime pas les gens (spéciale dédicace aux neuneus qui se reconnaîtront ou pas), je reste dans mon coin et je fais ce que je crois juste peut-être à tort. Est-ce une bonne solution ? A vrai dire j’y pense de moins en moins. Je suis une simple goutte d’eau. Il en faut bien pour faire l’océan.


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  • Commentaires

    1
    DocCapuche Profil de DocCapuche
    Dimanche 15 Janvier 2012 à 17:29

    The Forge!!!! (commentaire constructif, je sais)

    2
    Dimanche 15 Janvier 2012 à 21:12

    comme d'habitude j'aime tes (trop rares ;) ) articles ... pas étonnant qu'ensuite trop de gens soient désagréables voir violents vis à vis des patients... faut bien faire payer quelqu'un...

     

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    3
    naruta17
    Dimanche 15 Janvier 2012 à 23:31

    Mince j'en suis qu'à la première étape mais au moins je suis prévenue :-)

    4
    Knackie Profil de Knackie
    Mardi 17 Janvier 2012 à 10:14

    MamanDragon>>Merci bien

    naruta17>> MUAHAHAHAHAHH

    5
    Emilien007
    Mardi 10 Avril 2012 à 03:54

    En tout cas j'aimerais toujours devenir sage homme...un jour !

    6
    Knackie Profil de Knackie
    Mardi 10 Avril 2012 à 11:24

    C'est quoi un sage-homme ?

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