• Bienvenue en pédiatrie

    Depuis 10 jours, je suis en pédiatrie. Aux urgences pédiatriques pour être plus précise. C'est mon dernier stage en tant qu'interne, mais revenir au CHU dans un domaine où je n'ai aucune confiance en moi me fait me sentir comme une externe. C'est assez destabilisant. J'ai plein de "jeunes" co-internes (des 4èmes semestres, dont certains ont été mes externes) enthousiastes et sympas, ça fait toujours plaisir.

    J'appréhende énormément ce stage. D'abord, parce que je ne me suis jamais vraiment occupée d'enfants malades, si ce n'est de quelques bobos croisés aux urgences des hôpitaux périphériques. Ensuite, parce que j'ai peur de rater quelque chose et de mettre en jeu la vie d'un enfant (le fait d'avoir été témoin de ça une fois en garde m'a laissé un souvenir amer, d'autant plus que quelques jours après un enfant décédait aux urgences de cet hôpital, après un diagnostic erroné. Le médecin et l'équipe présentes ce jour là ne s'en sont jamais vraiment remis, il pesait une ambiance lourde dans le service jusqu'à la fin de mon stage, ça marque). Enfin, parce qu'au semestre dernier, ce stage s'est mal passé : chefs absents, règlements de compte en public et autres joyeusetés. Et surtout, il y a les parents à gérer. Eux qui ont peur pour leurs enfants sont juste hors de la réalité et difficiles à raisonner parfois. Et puis je suis pas crédible, les gens ont l'impression que j'ai 18 ans, je ne peux pas être le docteur.

    Je reste malgré tout optimiste. Ce stage est réputé comme le plus formateur en pédiatrie de la région, et c'est sûrement le cas, au vu du nombre et de la variété de pathologies rencontrées. Ensuite, étant déjà passée dans le service pour quelques gardes quand j'étais externe, je connais l'équipe et je n'ai pas de problèmes majeurs avec eux. J'espère surtout que ce stage me permettra de savoir gérer l'urgence chez un enfant, par le biais de la gestion conjointe des déchocs avec les chefs et peut-être quelques interventions avec le smur pédiatrique.

      Pendant ces 10 jours, je n'ai été que du côté "médical" (car tout est sectorisé au CHU : les urgences médicales sont prises en charge par les pédiatres généraux, les urgences chirurgicales par les chirurgiens pédiatres, et il y a une équipe d'internes de chaque côté). Heureusement pour nous, l'activité a été calme, ce qui permet d'avoir le temps de discuter de chaque dossier sensible.

    J'ai déjà eu l'impression de sauver une vie (deshydratation sévère chez une enfant de 4 mois) , j'ai vu une enfant anorexique et un jeune en IME abusé sexuellement par un autre, j'ai laissé sortir une pneumopathie qui est devenue une pyélonéphrite le lendemain, la moitié des enfants que j'ai vus en consultation ont dû être hospitalisés (c'est mon pourcentage habituel). Je commence à maîtriser la prescription des plans de réhydratation, les enfants ne pleurent pas trop en me voyant, j'ai appris qu'un stylo suffisait amplement à les occuper pour pouvoir les examiner. J'ai surtout vite compris qu'on savait très rapidement si un enfant va bien ou pas. Et ça c'est très rassurant.

     


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  • Commentaires

    1
    Juliyi
    Lundi 14 Mai 2012 à 21:36

    C'est chiant, les internes qui parlent des parents pénibles alors qu'eux mêmes n'ont pas d'enfants, tout comme les conseils à côté de la plaque des pas parents.

    2
    Knackie Profil de Knackie
    Lundi 14 Mai 2012 à 22:38

    C'est juste chiant les "lecteurs" qui commentent sans avoir lu l'article. J'aimerais bien savoir ou Juliyi trouve qu'on parle de parents "pénibles"... Ah mais non, je sais déjà, nulle part. On mentionne simplement le fait qu'ils sont là et qu'on doit les prendre en charge presque au même titre que le patient, contrairement aux adultes.

    3
    ambre15
    Lundi 14 Mai 2012 à 22:46

    +1 avec knackie ;) bon courage pour ce stage, pas encore eu l'occasion de visiter les urgences pédia, et heureusement! (comment un enfant peut en arriver à la déshydratation sérieux??? )

    4
    DocCapuche Profil de DocCapuche
    Mardi 15 Mai 2012 à 22:33

    ambre : la deshydratation arrive très vite, surtout chez le tout petit, quand les parents ne sont pas informés. Il suffit d'une journée de gastro avec peu de prises alimentaires pour y arriver. Et certains enfants sont résistants et ne montrent que peu de signes. C'est piégeux.

    5
    ambre15
    Mardi 15 Mai 2012 à 22:35

    ils se rendent pas compte qu'il ne boit pas? je sais pas ça me semble tellement bizarre de pas se rendre compte de ça...

    6
    DocCapuche Profil de DocCapuche
    Mardi 15 Mai 2012 à 22:47

    Je ne sais pas comment ça peut arriver, je ne suis qu'une "pas parent"

    7
    Mardi 15 Mai 2012 à 23:46

    Il peut boire normalement, mais vomir, et avoir une grosse diarrhée. Chez un nourrisson ça suffit et ça va très vite.

    J'ai la réflexion un jour "vous n'avez pas d'enfant, je sais mieux que vous".

    Je vous rassure, maintenant que je suis maman, je ne me sens pas pour autant plus intelligente, et je trouve toujours difficile de prendre en charge les parents parfois.

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    8
    justinettecacahuète
    Mercredi 16 Mai 2012 à 12:38

    C'est faux, et injuste de dire "vous n'êtes pas parents, alors vous ne comprenez pas". J'avais écrit un com fleuve, puis j'ai relu l'article et bon, je ne vais pas m'étaler sur ça alors qu'il y a juste une petite phrase. 

    @ ambre15, hummm je dois être une quiche en puissance, mais pour ma première, déshydratation suite à une gastro à 5 mois. J'étais à l'ouest, pas informée, malgré la visite chez le pédiatre, qui partait du principe qu'en tant que parent j'étais autonome et informée (mmmh l'omniscience est ebn moi ouiiiiii). Bon j'ai changé de pédiatre et en tant que non pro de la santé, désolé, je suis travailleur social (welcome my little poney), beh je suis aux fraises pour des choses comme ça. Je ne savais pas ce qu'était le SRO non plus. Bon depuis je maitrise. Et mon généraliste est pédagogue.

    Allé Latiatia, fais toi des couettes, et prends des malabars pour faire des bulles en rentrant dans le box, ça devrait aider les parents à se détendre (non? Ah bon.) Sinon, mets ta date de naissance sur ton badge, ou alors fais leur la blagounette de la révélation, du miracle comme à Lourdes, tu seras la Bernadette Soubirou hospitalière. Je t'explique comment faire (attention, pif gadget inside): Il te faut, une blouse et un chariot d'ASH. Tu rentres dans le box en nettoyant, pour de faux, faut voir à pas charier quand même hein! puis tu examines l'enfants, l'effet de surprise devrait terrasser l'enfant et ses parents quelques minutes. Et enfin tu prends l'air très pénétrée et tu poses un diagnostique, et si tu sais pas direct tu improvises, genre docteur House, ils aiment bien ça en général les patients. Voilà, tu es presque docteur par l'opération du saint esprit, Amen. 

    Sinon, le stylo, et l'indifférence à la méfiance parfois c'est bien aussi, sobre classique mais bien aussi. 

    Et dédramatise, hein, un enfant qui meurt c'est autant d'argent économisé par la collectivité. Aciiide. Bon ok je sors.

    A fond le forme, misous misous.

    9
    ambre15
    Mercredi 16 Mai 2012 à 12:59

    hé je voulais vexer personne, j'essaie de comprendre c'est tout... (et t'as bien fait de changer de pédiatre ;) )

    10
    justinettecacahuète
    Mercredi 16 Mai 2012 à 13:20

    Nion, je ne suis pas veské, je t'essplique et te fais coucou, c'est tout :)

     

    11
    cesslasanguine
    Mercredi 16 Mai 2012 à 14:54

    C'est sur que ce stage est très très formateur ! Heureusement que j'y suis passée externe, cette équipe m'a appris (pratiquement) tout ce que je sais en pédiatrie et heureusement parce que mon stage d'interne en gynéco/pédia a été une vraie catastrophe pédagogique (pour rester polie).

    Les jeunes parents sont souvent paumés, même quand ils sont informés ! (avis de jeune parent) Quand l'affectif entre en jeu, c'est pas pareil : t'as beau savoir, c'est un peu comme si tu avais un court-circuit intra-cérébral et même si tu sais que c'est pas grave, les glandes lacrymales se sentent obligée de fonctionner et ton trouillomètre se bloque en position maximale... Difficile de reprendre le dessus !

    Une des difficulté commune de la pédia et de la gériatrie c'est la gestion de la famille, et c'est pas une mince affaire...

    Profite-en bien, je suis sure que tu vas optimiser ta présence là-bas pour être super balèze !

    Plein d'encouragements...

    12
    Juliyi
    Jeudi 17 Mai 2012 à 20:12

    Les parents sont stressés pour plusieurs raisons :

    1 : ils ont peur pour leurs enfants (bouh bandes de nazes, et ça j'insiste, faut le vivre pour comprendre),

    2 : ils ont répété minimum 3 fois voire jusque 5 dans les bons jours la même chose en l'intervalle d'une dizaine d'heure : à la secrétaire (qui de temps en temps y va de son petit diagnostic ou se permet la petite réflexion qui va bien), à l'infirmière d'orientation (idem), et parfois, à l'externe, à l'interne puis au senior (vécu). Attendre 6h pour répéter le même chose et que rien d'autre ne se passe, je ne connais pas grand monde de sensé que ça ne rend pas chèvre. Sans parler du fait de ne pas manger, pas boire, etc... Avec un enfant ou même un nourrisson sur les bras, pas de quartier.

    3. N'importe quel P2, aide-soignante a plus d'infos que les parents. Au bout de 6-8h d'attente, parfois par chance, on a le droit à un laconique "le médecin va passer". Le médecin qui selon les cas, prend les parents pour des demeurés ou bien utilse un jargon incompréhensible.

    Ce système est absurde, inhumain, abherrant. Qd on y travaille on ne se rend pas compte que les patients patientent depuis des heures. L'hôpital n'est pas une entreprise, et comme il y a beaucoup de personnel c'est facile de se cacher derrière l'organisation/les collègues/les procédures/ la hiérarchie. Comme patient c'est juste absurde.

    Alors même si le médecin du 15 m'a conseillé d'y aller hier, j'ai renoncé. Hors de question que je retourne dans la maison des fous et dans cette grande machine qui a oublié l'aspect  principal du soin : simplement être humain.

     

    13
    DocCapuche Profil de DocCapuche
    Jeudi 17 Mai 2012 à 20:34

    @Juliyi : On essaie d'être humain. Si certaines personnes arrêtaient de prendre les urgences pour leur médecin traitant, il y aurait moins de monde et on aurait plus de temps à consacrer aux autres. Les torts sont sûrement partagés.

    Après, si vous ne voulez pas voir d'externe ni d'interne, il ne faut pas aller dans un centre hospitalier universitaire. Je ne vois pas comment on peut se former sans examiner des patients. Et comme les externes sont justement en formation (et nous aussi par la même occasion), il est normal que l'interne vienne et repose les mêmes questions et refasse l'examen. Et peut-être même que le sénior recommencera si c'est un cas difficile. L'infirmière d'accueil fait elle son travail : en fonction de ce que vous dites et de ce qu'elle trouve lors de son premier examen (qui consiste principalement à prendre les constantes), elle vous orientera soit vers la consultation soit vers l'hospitalisation. Elle n'a pas fait le DU divination et ne peut pas décider ça juste en regardant l'enfant.

    Enfin, je n'ai en aucun cas craché sur les parents. Ils ont le droit d'être stressés, c'est tout à fait normal. J'ai l'impression de leur parler de manière normale, mais peut-être que je me trompe. Mais quand certains parents (j'ai bien dit certains, ce n'est pas la majorité) nous insultent ou partent en claquant la porte parce qu'on n'a pas accédé à leurs demandes, il reste un goût amer. Et on sait bien que les mauvais souvenirs marquent plus que les bons.

    Après, je sais bien que le système n'est pas parfait. Et il ne le sera jamais sauf si tout le monde y met du sien.

    14
    Juliyi
    Jeudi 17 Mai 2012 à 21:14

    Il y a trop de consultations pour rien aux urgences c'est un fait, mais d'un autre côté : qui responsabilise les patiens (ah si, la secrétaire et l'infirmière d'accueil, pas de chances, toi tu restes une semaine hospitalisé, raté, merci, nan t'excuse pas surtout)

    Perso : Où y a t'il le choix des urges pediatriques sérieux ?! Ca ne me dérange pas évidemment que les externes se forment. C'est juste absurde de patienter 3h, pour juste répéter 3 fois la même chose. Mais j'ai sans doute le tort d'avoir un enfant qui est un cas clinique intéressant... Enfin pas de mon point de vue. J'habite dans la 6 ou 7ème ville de France et il n'y a qu'un seul service d'urgence pédiatrique. Le prochain est je crois, à 60 bornes du chu, et encore plus de chez moi. Et comme j'y vais pour de vraies urgences et généralement une semaine d'hospit, je n'y vais ni pour rien, ni par plaisir. Je n'ai pas le choix.

    Et mon enfant a finalement été opéré dans le privé et j'ai totalement halluciné de l'accueil... Après s'en être pris plein la tête au CHU, la clinique c'est juste ouahou... On ne prend pas les gens pour des connards d'emblée c'est incroyable. Y'aurait bcp a dire, sur la prise en charge de la douleur, les perfusions protégées pour éviter qu'elles ne diffusent, réalisées après endormissement au masque là où j'ai récupéré au CHU un enfant troué de part. La gentillesse des soignants au lieu des réflexions à la con...

    L'hopital pourrait être différent en écoutant les patients et en sortant du "c'est comme ça pis c'est très bien et pis c'est tout".

    15
    Jeudi 17 Mai 2012 à 21:51

    "Qd on y travaille on ne se rend pas compte que les patients patientent depuis des heures." : faut pas croire, bien sûr que si. Et il faut pas croire non plus qu'on aime ça et qu'on le fait exprès.

    Il y a une histoire de personnes également, j'ai des échos d'accueil détestable en clinique et très bon à l'hôpital... Après c'est vite vu, les cliniques ne font pas d'accueil des urgences, ne prenne pas le tout venant, et ont des moyens financiers que n'a pas l'hôpital...

    L'hôpital est une grosse machine qu'il est hyper dur de faire bouger, même quand on le souhaite, et pour ma part je suis bien contente de ne plus y être.

     

    Et enfin je le redis, je suis mère, et c'est pas pour autant que je ne comprenais pas l'inquiétude, l'angoisse, voire la panique de certains parents quand je n'avais pas d'enfant.

    Et le comprendre ne veut pas dire qu'on arrive facilement à y faire face. J'ai beau comprendre, je trouve toujours difficile de rassurer un parent paniqué... Certains ont des réactions excessives, disproportionnées, justemen parce que ça touche leurs enfants... Et là parfois on aura beau faire tout ce qu'on peut...

     

    16
    Juliyi
    Dimanche 3 Juin 2012 à 21:31

    Navrée par vos réactions aveugles et immatures.

    17
    couliiine
    Dimanche 29 Juillet 2012 à 19:48

    j'ai vécu les urgences pédiatriques deux fois la première fois au final c'était bénin ma fille ainée, 3 ans à l'époque, s'etait déboité le coude, a peine deux minutes apres être rentrée dans la salle d'éxamen et clac tout remis en place...c'etait un samedi soir et ma fille avait souffert le martir pendant 5h...fallait il connaitre le bon geste. La deuxième fois plus angoissante ma deuxième fille agée deux ans et demie pesant a peine 11 kg avec une bonne angine s'est deshydratée...quoique je fasse elle vomissait...je suis infirmière, j'avais vuu mon medecin traitant, je l'avais harcelé au téléphone et quoique je fasse elle s'est deshydratée...j'ai fini par lui rapporter ma fille pour lui montrer et qu'elle m'adresse aux urgences...et la je vous assure je n'ai pas fait deux heures d'attente. Si j'ai été bien pris en charge par l'équipe médicale, l'accueil aux urgences a été une catastrophe et le service  de pédiatrie était plus que plein.Oui pour moi aussi la pédiatrie c'est angoissant  mais j'aime beaucoup la conclusion de ce billet:

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