-
Par Knackie dans Le coin de Knackie le 31 Août 2012 à 15:43
Elle a trente, trente cinq ou quarante deux ans. Elle a appris qu'elle était enceinte. Puis, quelques semaines après qu'elle avait un cancer. Un cancer gynécologique pendant une grossesse est rarement gentil. Il nous laisse peu de temps et se goinfre d'hormones. Alors, on fait au mieux. J'ai connu quelques patientes dans ce cas... elles avaient l'air de prendre les choses tellement... bien.
Mais je me demande, comment peut-on associer le bonheur d'un nouvel enfant à tout ce qui ce qui nous reste à parcourir pour peut-être, mourir ?
Lorsque j'ai voulu travailler dans la santé, je me disais que ce serait intéressant intellectuellement et humainement. Et effectivement. Je n'avais pas pour vocation de sauver le monde, je ne l'ai toujours pas. A vrai dire je voulais m'enrichir. C'est ce qui se produit lorsque mon chemin rencontre ces patientes, et d'autres et encore d'autres. Sur le moment on joue notre rôle de professionnel de santé. Réfection de pansement de mamectomie, surveillance du travail, accouchement, conseils... Puis j'y repense, demande des nouvelles.
Ca me fait chier d'apprendre que le deuxième sein est touché alors qu'elle était si confiante, qu'on était si confiant. De voir que pour une autre patiente on n'envisage même pas une chirurgie. Qu'une patiente que j'ai faite sortir, qui allait bien et qui trois semaines après s'est vue diagnnostiqué un abcès du sein en ville, en l'ouvrant on a compris que c'était en fait une tumeur dégueulasse.
C'est frustrant de savoir que je ne saurai jamais la fin. J'hésite à penser que ça finira bien. Ou peut-être que je les retrouverai pour une autre grossesse, dans d'autres circonstances, comme dans un film américain.
Ces femmes, ces familles vivent quelque chose d'extraordinaire, mais l'extraordinaire devient finalement tellement commun à l'hôpital. On l'oublierait presque dans nos blouses. Moi ça me revient le soir devant ma bière, mon vin ou mon Coca du guerrier. Et je me demande alors comment je réagirais ? A l'hôpital, dans une blouse à fleur ouverte sur mon caleçon à coeur...
7 commentaires
-
Par Knackie dans Le coin de Knackie le 4 Août 2012 à 18:20
Progressivement je dépasse le quart de siècle... Je n'ose même pas imaginer lorsque j'aurais trente ans. Bientôt je n'aurais plus de réduction pour les transports en commun, le cinéma ou les clubs libertins. Je ne pourrais même pas arguer le fait d'être étudiante. Non, je suis un "jeune actif" même pas gay.
Je vais peut-être avoir un emploi stable et déjà, je ne suis plus la plus jeune à mon poste. Les ex de ma promotion se marient, ont des enfants, c'est affolant. Moi je n'ai pas le droit, Dieu que c'est rassurant. Je les envie quand même un peu, un congé maternité, long, puis une reprise du travail tardive, tardive... je rêve de vacances sans fin. Pourtant je ne fais pas un métier que je déteste. Je ne l'exerce pas dans les conditions les plus idéales, c'est tout. L'hôpital a un drôle d'avenir, vraiment. Je m'en veux lorsque je n'ai pas plus de 5 minutes par heure à accorder à la primipare toute heureuse de bientôt accoucher et qui pourtant, doute. Je m'en veux lorsque je n'ai pas plus de 3 minutes à accorder aux étudiants qui voudraient apprendre quelque chose pendant leur garde... leur dire "tiens regarde au mur, t'as plein d'info sur l'analyse des rythmes" c'est vachement pédagogique. Et puis, je m'en veux lorsque je ne peux pas être dans deux salles en même temps, quand il y en a deux qui merdent, et que j'arrive dans la deuxième juste à temps. Je ne pourrais pas toujours être dans le bon timing. Et pourtant, ce serait inexcusable.
Ce sont des problèmes de grand et ils ne sont pas rigolos, les grands.
Et puis, je cohabite avec des chats et un être humain. Mine de rien c'est réconfortant. C'est un peu là qu'on se rend compte qu'en fait le travail c'est pas totalement le plus important. Si j'avais su j'aurais fait un truc moins stressant, avec des horaires normaux. Ou j'aurais arrêté mes études et fait femme au foyer, bénévole dans une AMAP. Elle aurait pu me prévenir qu'elle serait là. Oh oui féministes de tout poil, c'est honteux ce que je raconte là, fouettez moi.
Je grandis, je vieillis, qu'importe. Je suis juste là, déjà. C'est quand que la vie s'arrête de passer à travers la vitre d'un TGV ?
16 commentaires
Suivre le flux RSS des articles
Suivre le flux RSS des commentaires
